Histoire
Fondée le 4 décembre 1971, l'Association suisse d'athlétisme a fêté son 50e anniversaire en 2021. Nous avons profité de cet anniversaire spécial pour rendre hommage aux « Swiss Athletics History Makers », les héros et héroïnes de l'athlétisme en stade et hors des stades, des cinq dernières décennies.
Notre série de vidéos du cinquantenaire t'emmène dans un voyage visuel à travers les 50 premières années de Swiss Athletics.
Nous sommes fiers que l'histoire du succès de l'athlétisme suisse se poursuive aujourd'hui encore et nous nous réjouissons à l'avance des prochains chapitres qui nous réserveront des moments inoubliables.
Le long chemin vers une fédération unitaire
La Fédération suisse d’athlétisme a été fondée le 4 décembre 1971. Auparavant, ce sont des « athlètes footballeurs » et des « athlètes gymnastes » qui se sont battus pour la faveur nationale de la plus ancienne discipline olympique.
Les compétitions athlétiques existent depuis la nuit des temps. Plus précisément depuis l’Antiquité. En 708 avant Jésus-Christ, aux 18e Jeux olympiques, le pentathlon représentait une des principales compétitions : il consistait en une course de stade (192 mètres), du saut en longueur, des lancers du javelot et du disque ainsi que d’un combat de lutte. Les activités de courir, sauter et lancer (plus la lutte) peuvent donc être considérées comme les « disciplines olympiques originaires ». L’athlétisme classique – qui ne compte pas les athlètes pratiquant l’haltérophilie, le tir à la corde, la lutte et les autres sports de combat – est réapparu à la fin du 19e siècle avec le sport moderne et le mouvement olympique des temps modernes. Son apparition est liée à l’industrialisation, qui a fait passer au premier plan la mesure, la précision, la performance, la concurrence, le record. Comme pour l’industrialisation, le sport a d’abord fait son chemin en Angleterre, avant de rejoindre via la France la Romandie – avec pour centre Genève, qui a progressivement rivalisé avec le mouvement de gymnastique actif en Suisse allemande.
SFA versus FSAA
Intégrant l’athlétisme dans leur programme d’entraînement, les clubs de football tels le Servette FC, le FC Lugano, le FC Zürich ou les FC Old Boys Basel en sont venus à fonder des sections d’athlétisme (LC, LAC) ; en même temps, l’athlétisme enraciné au niveau national trouvait l’approbation des gymnastes. Mais ces derniers accomplissaient les bien-aimées formes de mouvement que sont la course, le saut et le lancer en les dépréciant comme « exercices populaires ». Ceci en démarcation de la gymnastique artistique, au sol et aux engins. Les deux différentes philosophies n’ont pas seulement donné lieu à deux camps séparés, mais aussi à deux fédérations représentant l’athlétisme au niveau national : d’un côté la Société fédérale d’athlétisme (SFA), fondée en 1924 comme sous-fédération de la Société fédérale de gymnastique (SFG), de l’autre la Fédération suisse d’athlétisme amateur (FSAA), née en 1949 comme sous-fédération de l’Association suisse de football et d’athlétisme (ASFA).
Les deux fédérations étaient certes liées par une commission d’association intermédiaire, mais l’unité n’était que rarement de mise. Le différend était tel qu’il y avait toujours deux listes de cadres : celle des « athlètes footballeurs » et celle des « athlètes gymnastes ». Bien que la SFA ait compté bien plus de membres, grâce à sa large base de clubs de gymnastique pratiquant l’athlétisme (FSG en Suisse romande, BTV, KTV, SATUS, STV, TV en Suisse allemande), la FSAA avait d’autant plus d’influence que son prédécesseur, le Comité d’athlétisme fondé en 1905 au sein de l’Association suisse de football (ASF), était depuis 1913 le seul répondant auprès de la Fédération internationale d’athlétisme amateur (IAAF). Cela avec pour conséquence que seuls les clubs d’athlétisme du camp du football pouvaient organiser des matchs internationaux et des championnats nationaux.
Le « cas Scheurer »
Le « cas Scheurer » marque le pire moment de la guerre entre les deux fédérations. Né en 1917, le soir du Réveillon, Armin Scheurer a été considéré en 1952 comme professionnel et suspendu à vie parce qu’il a, en tant qu’athlète de l’SFA et joueur de foot de ligue nationale, violé le règlement de la Fédération internationale d’athlétisme amateur (IAAF) – et ce faisant celui de la Fédération suisse d’athlétisme amateur (FSAA). Le concierge soleurois du centre sportif de Macolin était pourtant quintuple champion suisse, six fois du décathlon, six fois de la perche, deux fois du triple saut et une fois de la longueur. Il était de plus le grand vainqueur 1947 et 1951 de la Fête fédérale de gymnastique et est devenu en 1950 le premier sportif suisse de l’année. Mais le représentant du BTV Biel ne s’est jamais caché du fait qu’il gagnait régulièrement des primes de jeu (environ CHF 30.- par match) avec le FC Biel, avec qui il est devenu champion suisse en 1947 et qui faisait logiquement de lui un membre de l’Association suisse de football et d’athlétisme (ASFA). Il convient de noter qu’après sa carrière, Scheurer a non seulement été réhabilité, mais est devenu prof de sport avec un diplôme fédéral et finalement le premier entraîneur national multiples de la future Fédération suisse d’athlétisme (FSA) ; le premier avant d’être remplacé par le jeune Hansruedi Kunz (LC Turicum), en poste jusqu’en 2020.
20 ans jusqu’à l’« union d’athlétisme suisse »
Mais revenons à l’année 1952 et à l’ancêtre de la FSA qu’est la FSAA. Cette année-là, cette dernière a initié le « projet pour une union d’athlétisme suisse ». Le but était la fondation d’une « unique fédération suisse d’athlétisme ». De la devise « marcher séparés, se battre ensemble » est née l’idée d’un chemin commun en tant que SFA. Mais l’idée d’une fédération unitaire ne s’est de nouveau pas réalisée. Durant près de dix ans, les discussions et bagarres se sont multipliées au sein de l’ainsi nommée commission inter-fédérations, avant qu’un nouvel élan soit pris à Bâle en 1960. Suite à d’innombrables négociations, les deux plus grands et importants players de l’athlétisme ont fondé le concept d’une Fédération suisse d’athlétisme.
Suite à la séparation, en 1966, de la FSAA de l’Association suisse de football, la voie était libre. Dans son rapport annuel de 1968, le président de la FSAA Jean Frauenlob déclarait, prospectivement : « Le temps des fédérations polysportives est définitivement passé. Chaque sport doit avoir sa propre fédération. Ce n’est que par des alliances, un travail plus rationnel, une pensée unifiée, la mise en commun des ressources financières et des cadres qu’il est possible de promouvoir le sport de pointe et de rétablir le lien avec l’élite internationale. »
Trois ans plus tard, l’heure était venue : suivant la décision de l’Assemblée générale des délégués, les deux fédérations que sont la FSAA et la SFA sont dissoutes le 4 décembre 1971. A partir de ce jour plus qu’une seule fédération d’athlétisme ne devait exister. Les « athlètes footballeurs » et « athlètes gymnastes » sont devenus de simples « athlètes » – avec une seule et même licence, des championnats, des cadres et une promotion uniformes. « Le p’tit bout de chou qu’est la FSA fera de nombreuses cabrioles avant de devenir un véritable adulte », a prédit le président central Otto Grütter dans le dernier Rapport annuel de la SFA.

Avant les Jeux Olympiques 1896, l’athlétisme n’était pratiqué que de manière rudimentaire, par exemple le 17 août 1808 à l’occasion de la grande fête des bergers à Unspunnen près d’Interlaken. C’est également à Interlaken que le tapis rouge de la «Swiss Athletics Night» sera déroulé le 13 novembre 2021.
20 juin 1897 : Première manifestation d’athlétisme selon de nouvelles règles à Genève en l’honneur du 60e anniversaire de règne de la reine Victoria d’Angleterre.
4 septembre 1898 : Premier meeting national d’athlétisme à Zurich, avec entre autres une course à trois pieds, lors de laquelle deux coureurs se faisaient attacher les pieds voisins pour couvrir une distance ensemble.
3 septembre 1899 : Premier championnat inofficiel du FC Zürich, d’où allaient naître la section d’athlétisme en 1922 et le club d’athlétisme de Zurich en 1934. Les temps les plus rapides : 12,2 secondes sur 100 m, 62 secondes sur le quart de mile (402 m) et 4:52 minutes sur le mile (1608 m).
4 mars 1900 : Premier CS de cross («Cross-Country National») à Genève avec 47 participants pour la plupart locaux, sous le patronat de l’illustré sportif «La Suisse Sportive». Le 13 août 1905, son éditeur, le Dr Aimé Schwob, a initié la «Commission des Courses à pied et des Sports athlétiques», le futur comité d’athlétisme de la Swiss Football Association (Association suisse de football ASF).
26 juillet 1903 : Premier championnat suisse d’athlétisme non officiel en dehors de Genève (à Zurich), attribué par l‘Union Athlétique Suisse (UAS), qui devait fusionner avec le comité d’athlétisme de l’Association de football en 1905 (à partir de 1949 Fédération suisse d’athlétisme amateur FSAA).
1 juillet 1906 : Premier championnat suisse officiel à Genève, organisé par le Servette Football Club. En plus des onze titres individuels, il y a aussi eu une sorte de «combinaison». Le meilleur coureur a été distingué («Champion Suisse de course à pied») ainsi que le meilleur athlète dans les disciplines techniques («Champion Suisse d’athlétisme»). Les étrangers avaient également droit aux titres et aux médailles pour autant qu’ils s’alignent pour un club suisse.
5 au 9 juillet 1912 : Premiers concours d’athlétisme – appelés «exercices populaires» dans les milieux de la gymnastique – à la Fête fédérale de gymnastique à Bâle. Néanmoins, c’est le comité d’athlétisme de la Swiss Football Association qui a rejoint la Fédération internationale d’athlétisme amateur (IAAF) en 1913. L’Association suisse de football avait déjà fait partie des sept membres fondateurs de la FIFA en 1904.
14 septembre 1913 : Premiers championnats de concours multiple à Zurich (pentathlon). La première de décathlon n’a eu lieu qu’en 1919 à Berne, mais pas seulement : En plus des disciplines individuelles, on a également jugé des concours composés de 4, 5, 6 et 12 épreuves («Concours complet») avec les disciplines longueur, hauteur, perche, poids à droite et à gauche, disque, javelot, 100 m, 1500 m, 110 m haies et le lever de son propre poids du corps en deux mouvements.
23-24 août 1919 : Aux premiers championnats suisses sur deux jours à Berne, le titre «Athlète complet» était également en jeu. Les prétendants devaient disputer pas moins de douze disciplines dont la «balle à lanière». Le vainqueur ne fut pas le quintuple champion individuel Hermann Gass du FC Bâle – les obstacles ont freiné le footballeur – mais Constant Bucher (Cercle des Sports Lausanne, plus tard Stade Lausanne), qui n’a pas remporté un seul titre mais a terminé toutes les disciplines.
22 juin 1924 : Fondation de la Société fédérale d’athlétisme (SFA), comme sous-association de la Fédération suisse de gymnastique. La FSG bourgeoise réagissait ainsi à la Fédération ouvrière suisse de gymnastique et de sport (SATUS). En 1923 le SATUS a aboli la gymnastique populaire et commençait à la place à organiser des concours d’athlétisme (pour hommes et femmes), y compris des championnats pour travailleurs (dès 1924). Outre la SFA et SATUS il y avait au sein de la famille gymnique encore d’autres sous-associations ayant des intérêts (athlétiques) divers : l’Association suisse de gymnastique féminine (ASGF), la Fédération suisse des gymnastes catholiques et la Fédération suisse catholique de gymnastique et de sport (Sport Union Schweiz).
4 octobre 1924 : Premier coup de pioche du célèbre Letzigrund. Les premières pistes cendrées ont remplacées les pistes en scories et les pistes de course des terrains de football, pour commencer à Lausanne (Vidy) et à Genève (Varembé) ainsi qu’à Berne (Eichholz) et à Bâle (Schützenmatte). Construit grâce au travail acharné de la section d’athlétisme du FC Zurich, il a fallu près de trois ans pour le terminer. Le premier meeting international d’athlétisme a été annoncé pour le 12 août 1928 et a immédiatement pu s’enorgueillir de la présence d’une star mondiale : le coureur finlandais légendaire Paavo Nurmi a attiré 3000 spectateurs au Letzigrund. Une place assise sur la tribune couverte coûtait 4 francs, une place debout 1.50 francs.
12 juillet 1925 : Premiers championnats suisses de relais à Bâle avec des distances de 4×100 m à 10×100 m. Cette dernière discipline a figuré au programme jusqu’en 1970. Les courses de relais, appelées «À travers», ont elles aussi rencontré un grand succès hors-piste. Dans les villes de Zurich, Berne et Bâle plus de 1000 participants s’y alignaient régulièrement. Contrairement aux CS, ces événements étaient également ouverts aux sociétés qui ne pratiquaient pas l’athlétisme.
1929 : Le BSC Old Boys a été la première société d’athlétisme suisse allemande à renoncer à la tenue de compétition traditionnelle blanche. À la place les athlètes portaient – de manière analogue aux couleurs de club – des pantalons noirs et un maillot jaune avec le logo OB sur la poitrine.
1932 : Les premiers concours nationaux pour la jeunesse (CNJ), un précurseur de l‘UBS Kids Cups, ont vu le jour grâce à la SFA, pour préparer les jeunes garçons au service militaire. Après la deuxième guerre mondiale, le triathlon devait éveiller la joie du mouvement et en particulier de l’athlétisme. Les filles n’ont cependant été admises (à titre d’essai) qu’en 1966, respectivement 1967 (officiellement).
12 août 1934 : Premiers championnats suisses des «dames» au Letzigrund zurichois avec neuf disciplines : 100 m, 300 m, hauteur, longueur, disque, javelot, pentathlon et 4×100 m. Les premiers CS communs – également à Zurich – n’ont eu lieu qu’en 1952.
1937 : Premiers championnats interclubs. Le classement annuel, qui favorisait l’esprit d’équipe et la polyvalence des sociétés, a eu un large effet, mais a aussi provoqué quelques excès. Les sprints avec vent défavorable ont par exemple été déplacés sur la ligne droite opposée pour récolter un maximum de points avec un vent favorable de 5 m/s. Old Boys Basel a gagné en 1943 la première finale devant LC Zürich et GG Bern. Le classement fut identique lors de la première édition des femmes en 1946.
27 juillet 1941 : Premier record du monde (officiel) sur le territoire suisse, mais qui est passée totalement inaperçue des bilans de l’IAAF jusqu’en 1976. Ilsebill Pfenning (SA Lugano) prend part à une compétition régionale. Son style, le « Western Roll », est exécuté à la perfection et ses deux jambes et son bassin ont franchi cette latte placée à 1,66 m. Elle retombe à quatre pattes dans le sable, sous les vivats du public, et elle célèbre ce magnifique nouveau record suisse pulvérisé de trois centimètres d’un coup.
18 septembre 1938 : Date du concours du saut en hauteur des championnats d’Europeà Vienne. On avait vu que la vainqueur, l’Allemande Dora Ratjen, avait gagné le titre européen en battant le record du monde avec un saut à 1,70 m. Plus tard, Ratjen a été déclaré être un homme avec le nom Heinrich (voir son histoire dans le film « Berlin ’36 »). Effectivement, le record du monde de Dorothy Odam (1,66 m) a été officiellement reconnu par l’IAAF en 1957. Il en va de même pour la Sud-Africaine Esther van Heerden qui a égalé le record de Dorothy Odam le 29 mars 1941 chez elle à Stellenbosch. Cette liste de l’évolution des records du monde du saut en hauteur féminin ignore pourtant la ligne dévolue à Ilsebill Pfenning. Au milieu des années ’70, l’historien de l’athlétisme suisse Fulvio Regli est en train de travailler avec Roman Bussmann sur le second volume du livre « Menschen, Meter und Minuten ». Par hasard, il découvre dans les archives de la Fédération Suisse d’Athlétisme le fameux protocole de la compétition de Lugano. C’est avec 35 ans de retard que le protocole officiel a été transmis à l’IAAF. (PAB)
1954 : Les championnats d’Europe au Neufeldbernois ont été une excellente publicité pour l’athlétisme international – même si la Suisse bourgeoise, hors sociétés SATUS, avait du mal avec la suprématie des athlètes des blocs de l’Est (l’Union soviétique, la Tchécoslovaquie et la Hongrie ont raflé plus de moitié des 105 médailles). Les locaux les plus performants ont été Jean-Jacques Hegg (SC Rotweiss Basel) et Fritz Portmann (LC Biel) qui ont terminé au cinquième rang sur 400 m et au triple saut.
1959 : Fondation de la Communauté suisse des courses populaires. Auparavant les courses populaires étaient considérées de manière péjorative comme «sauvages» parce qu’elles n’étaient pas organisées par des fédérations. Avec le mouvement de course à pied autour du magazine romand «Spiridon» (dès 1972) et le «Spiridon-Club de Suisse» (SCS), qui a vu le jour en 1975, la communauté a touché beaucoup plus de coureuses et coureurs que la fédération d’athlétisme qui se souciait en premier lieu des coureurs/euses licenciés/es sur piste – à l’exception des CS de cross et de marathon.
7 mars 1965 : Premiers CS de cross avec participation féminine à St. Gall. Distance de course pour les femmes : un peu plus d’un kilomètre…
1967 : Aux Journées suisses de gymnastique féminine à Berne, les participantes ont pu pour la première fois disputer des concours individuels en athlétisme, toutefois seulement de manière anonyme avec mention de la performance et du canton sur la liste de résultats. Le classement du saut en hauteur commençait ainsi : «1ère une Argovienne 1,45 mètres.» Il s’agissait pourtant de la future détentrice du record suisse sur 400 m et fonctionnaire de la fédération Vreni Leiser-Vogt (BTV Aarau). Au cours de la même année les sociétés de gymnastique TV Länggasse Bern et TV Malters ont également participé au CSI des femmes.
4 décembre 1971: La Société fédérale d’athlétisme (SFA) et la Fédération suisse d’athlétisme amateur FSAA ont enterré la hache de guerre et ont fusionné en Fédération suisse d’athlétisme (FSA, Swiss Athletics depuis le 1er novembre 2006).
La première décennie (1971 - 1980)

Les « Swiss Athletics History Makers » Philippe Clerc et Meta Antenen ont déjà montré la voie lors de la saison 1969 et on retrouve désormais toute une génération d’athlètes prête à les suivre au cours de la décennie à venir. Voici un résumé des principaux événements de l’athlétisme suisse au cours des saisons 1971 à 1980.
Highlights 1971
Les compétitions en salle mettent en valeur Beatrix Rechner (GG Bern) qui place à Berlin-Est le record suisse du saut en hauteur indoor à 1,81 m. En plein air, les championnats suisses à Bâle marquent les esprits avec sept records suisses, dont les 6,64 m de Meta Antenen (LC Schaffhausen) en longueur. En super forme, la Schaffhousoise a même claqué un saut à 6,81 m avec un peu trop de vent favorable. Aux championnats d’Europe à Helsinki, Meta Antenen est au sommet de son art. Elle débute avec un joli 13″35 sur 100 m haies (5ème de la finale), puis elle mène le concours du saut en longueur pendant 100 minutes avec un superbe record suisse à 6,73 m. Hélas elle se fait battre au dernier essai pour trois petits centimètres. Son attitude admirable lors de ce concours lui vaut d’obtenir deux prix internationaux du fair-play et de devenir la sportive suisse de l’année, ceci pour la seconde fois après 1966.
Highlights 1972
Les championnats d’Europe en salle à Grenoble permettent à Meta Antenen de remporter deux nouvelles médailles : l’argent en longueur et le bronze sur 50 m haies. Opérée du genou en mai, la coqueluche de l’athlétisme suisse ne réapparait que lors des championnats suisses à Genève à la fin du mois de juillet en battant le record suisse du 100 m en 11″68. Quelques jolis records suisses tombent également durant l’été comme celui de Peter Wittmer (BTV Aarau) qui devient le premier à franchir 5,00 m à la perche ou celui de Rolf Bernhard (ATV Frauenfeld) avec 7,87 m en longueur. Une délégation de 27 participants débarque aux Jeux Olympiques de Munich. Le niveau est tellement bon que seule Meta Antenen décroche une place dans le top-8 avec une sixième place en longueur.
Highlights 1973
Au cours de cette saison de transition, de nouveaux noms apparaissent sur les listes des records suisses. En demi-fond, Rolf Gysin (SC Liestal) est le plus en vue en courant le 800 m en 1’46″6 et le 1500 m en 3’37″7, mais Werner Meier (TV Unterstrass) n’est pas en reste avec 13’37″8 sur 5000 m. Dans les sauts, Hanspeter Habegger (KLAV Solothurn) franchit deux fois 2,16 m en hauteur et Toni Teuber (LC Zürich) est mesuré à 15,99 m au triple, tandis que Philipp Andres (LV Langenthal) montre un gros potentiel au décathlon avec 7’652 points. Chez les femmes, Vreni Leiser (BTV Aarau) court le 400 m en 53″3 et Meta Antenen le 100 m haies en 13″1. Lors de l’unique compétition internationale, Bernhard Vifian (BTV Luzern) décroche le bronze du 1500 m des championnats d’Europe juniors à Duisbourg. En fin d’année, le coureur de fond Werner Dössegger (BTV Aarau / Alias Monsieur Morat-Fribourg) est lauréat du mérite sportif suisse de l’année.
Highlights 1974
Le regain de forme de Meta Antenen est éblouissant lors des championnats d’Europe en salle à Göteborg avec le titre au saut en longueur assorti d’un superbe record suisse indoor à 6,69 m, ainsi que le bronze sur 60 m haies en 8″19. L’été est aussi prolifique pour elle avec un nouveau record national du 100 m haies à Varsovie en 13″0. On note aussi la progression de François Aumas (CA Genève) qui est le premier à franchir les 50 secondes sur 400 m haies avec 49″92, mais aussi de Hanspeter Wehrli (TV Unterstrass) qui court à Oslo le 3000 m steeple en 8’26″2. Le décathlonien Philipp Andres réussit à Zurich l’excellent total de 7’809 points et Rolf Bernhard saute coup sur coup 7,87 m, puis 7,91 m. Tous ces athlètes sont les fers-de-lance de l’équipe suisse aux championnats d’Europe à Rome, où les meilleurs résultats sont les 5ème rangs de Wehrli au steeple en 8’26″00 et de Bernhard en longueur avec 7,91 m et la sixième place d’Anderes au décathlon avec 7’819 points.
Highlights 1975
Aux championnats d’Europe en salle à Katowice, Meta Antenen s’offre le bronze en longueur. La saison estivale débute par un incroyable exploit à Winterthour où le vent permet à Isabella Lusti (LC Schaffhausen) de frôler pour 2 cm le record du monde du saut en longueur avec un bond à 6,82 m (+2,2). En demi-fond, Rolf Gysin continue sa belle progression avec 1’45″97 sur 800 m. C’est cependant le sauteur en longueur Rolf Bernhard qui est le plus inspiré de tous. En juin, le Thurgovien franchit 7,91 m à Berlin et 7,97 m à Varsovie, avant de réaliser son objectif suprême à Zofingen avec 8,00 m. Trois semaines plus tard, il confirme de belle manière à Berne avec un magnifique 8,06 m. Fort logiquement, il reçoit le mérite de sportif suisse de l’année. Du côté des jeunes, aux championnats d’Europe juniors à Athènes, le cadet Felix Böhni (LC Zürich) remporte l’argent à la perche et Thomas Wild (STB) s’adjuge le bronze sur 110 m haies.
Highlights 1976
Les premiers athlètes à s’illustrer dans cette saison sont Felix Böhni avec 5,25 m à la perche, Roberto Schneider (SA Lugano) avec un remarquable 13″5 sur 110 m haies et Peter Muster (LC Zürich) avec un très bon 20″46 sur 200 m. Le prometteur Markus Ryffel (STB) améliore à Stockholm les records suisses du 5000 m en 13’32″65 et du 10000 m en 28’05″37, alors que Jean-Pierre Egger (Neuchâtel-Sports) parvient à améliorer le record d’Edy Hubacher au poids avec 19,71 m. Chez les femmes, Susanne Erb (LC Zürich) détrône Trix Rechner en hauteur avec 1,84 m, alors que Rita Pfister (LV Winterthur) réussit un excellent 60,60 m au disque. L’athlétisme suisse ne présente que sept athlètes aux Jeux Olympiques de Montréal, où le meilleur résultat est réussi par Rolf Bernhard avec une 9ème place en longueur.
Highlights 1977
Les championnats d’Europe en salle apportent deux médailles de bronze pour Rolf Gysin sur 800 m et pour Markus Ryffel sur 3000 m. Ce dernier progresse l’été venu sur 3000 m en 7’45″4 et sur 5000 m en 13’23″99. Dans les disciplines techniques, trois records suisses prennent de la valeur : Roland Dalhäuser (TV Birsfelden) franchit 2,21 m en hauteur, Rolf Bernhard saute 8,07 m en longueur et Jean-Pierre Egger lance son poids à 19,75 m. Enfin comme lors des deux dernières éditions des championnats d’Europe juniors, les Suisses brillent à Donezk grâce à Felix Böhni qui s’empare une nouvelle fois de l’argent à la perche et à Pierre Délèze (CA Sion) qui s’adjuge le bronze sur 1500 m.
Highlights 1978
La saison en salle débouche sur deux belles prestations : le joli record suisse de Jean-Pierre Egger au poids avec 19,54 m et surtout le magnifique titre européen sur 3000 m de Markus Ryffel à Milan. En plein air, le Bernois est également très rapide sur 3000 m en 7’42″17 et sur 5000 m en 13’19″97. Le relais 4×100 m avec Franco Fähndrich (Old Boys Basel), Urs Gisler (LV Winterthur), Peter Muster et Hansjörg Ziegler (LC Zürich) court en 39″19; ce record durera près de 30 ans ! Aux championnats d’Europe à Prague, Peter Muster décroche une superbe médaille de bronze sur 200 m, tandis que le 5000 m nous offre une dernière ligne droite complètement folle, au terme de laquelle Markus Ryffel arrache fort brillamment la médaille argent. Peu après, Peter Muster est tout aussi bon en décrochant le bronze sur 200 m. Au pied du podium et avec un record suisse, on retrouve sur 400 m haies Franz Meier (LV Wettingen-Baden) en 49″84 et aussi le relais 4 x 400 m composé de Rolf Strittmatter (LC Zürich), Peter Haas (Old Boys Basel), Konstantin Vogt (GG Bern) et Rolf Gisler (LV Winterthur) en 3’04″29. Enfin Cornelia Bürki réussit à Prague deux excellents records suisses sur 1500 m en 4’04″60 et sur 3000 m 8’46″13. Elle remporte le mérite sportif suisse chez les femmes, tout comme Markus Ryffel chez les hommes.
Highlights 1979
Insatiable, Markus Ryffel conserve son titre lors du 3000 m des championnats d’Europe en salle à Vienne. Son niveau est encore plus incroyable en été avec deux chronos de classe mondiale : 7’41″00 sur 3000 m et 13’13″32 sur 5000 m. Également placés sur une bonne vague, Urs Kamber (STB) et Pierre Délèze améliorent les records suisses de leur discipline respective : 45″79 sur 400 m pour le Bernois et 3’36″7 sur 1500 m pour le Valaisan. Roland Dalhäuser est l’homme qui monte avec ses 2,22 m en hauteur, alors que Jean-Pierre Egger, l’homme fort de l’athlétisme suisse, est en état de grâce chez lui à Neuchâtel; il propulse d’abord son poids à 19,90 m, puis il réussit un fantastique 20,25 m. Lors des championnats suisses à Zoug, Brigitte Wehrli (TV Unterstrass) devient la femme la plus rapide de Suisse avec 11″45 et 23″40. Quant à Cornelia Bürki, elle continue son chemin avec un nouveau record sur 800 m en 2’01″14. Enfin la moisson de médailles aux championnats d’Europe juniors s’enrichit de deux unités à Bydgoszcz où deux médailles de bronze récompensent les efforts de Dieter Elmer (LAV Glarus) sur 800 m et de Peter Wirz (STB) sur 1500 m.
Highlights 1980
Lors de ces championnats d’Europe en salle à Sindelfingen, Pierre Délèze décroche le bronze sur 1500 m. Roland Dalhäuser brille lui aussi en franchissant 2,26 m en hauteur, une barre qu’il franchit également en plein air. Les sauteurs suisses sont décidément en grande forme puisque Rolf Bernhard saute 8,10 m en longueur, alors que Felix Böhni profite des conditions idéales de la Californie pour placer le record national de la perche à 5,50 m. Excellent également avec ses 3’33″80 sur 1500 m, Pierre Délèze arrive de plain-pied dans le gotha mondial du demi-fond. Chez les femmes, Gaby Meier (Old Boys Basel) montre sa belle détente avec un bond de 1,86 m en hauteur et Edith Anderes (LC Brühl) couronne sa carrière avec un joli jet à 16,71 m au poids. Aux Jeux Olympiques de Moscou, trois top-8 sont atteints grâce aux deux 5ème rangs de Markus Ryffel sur 5000 m et de Roland Dalhäuser en hauteur, ainsi que la 7ème place de Franz Meier sur 400 m haies. Enfin sur la route, Richard Umberg (STB) court le semi-marathon en 1:04’58″0 et le marathon en 2:14’28″0. Chez les femmes, Vreni Forster (STV Luzern) place le record féminin du marathon à 2:35’57″0.
Nous sommes au début des années ’60 et l’athlétisme féminin en Suisse a toujours de la peine à se développer. Mais tout va changer dès 1964 avec l’apparition au niveau national d’une Schaffhousoise de 15 ans nommée Meta Antenen. Sous la houlette de son entraîneur Jack Müller, elle va rapidement progresser pour atteindre le top niveau mondial, d’abord au pentathlon, puis au saut en longueur. En effet c’est en 1969 qu’elle brille de mille feux, notamment en battant le record du monde du pentathlon et en arrachant, à la désespérée, la médaille d’argent de cette même discipline lors des championnats d’Europe à Athènes. À partir de ce moment-là, elle sera la coqueluche du grand public helvétique et elle deviendra même, en 1971, au terme d’un concours de saut en longueur des championnats d’Europe à Helsinki complètement fou, l’une des « Grandes Dames » de l’athlétisme mondial.
Le samedi 14 août, c’est le grand jour de la finale du saut en longueur. Les douze finalistes, sans aucune exagération, sont aussi les meilleures sauteuses du monde. Le concours promet d’être passionnant, ce d’autant plus que le stade olympique est plein à craquer. C’est à Meta Antenen que revient l’honneur de lancer la compétition, le tirage au sort en ayant décidé ainsi. Son expérience pour le pentathlon donne un léger avantage à Meta pour gérer autant que possible les deux premiers sauts. Ce fut le cas à Bâle lors des championnats suisses, et ça doit aussi l’être absolument ici à Helsinki. Il est 18 heures, les feux sont lancés. Meta se place vers sa marque, se met dans sa position typique et se concentre. Elle s’élance enfin, la puissance et la dynamique sont clairement visibles dans chacune des foulées de son élan. La planche est assez bonne et l’appel claque en la faisant partir très haut dans les airs. La suspension est magnifique, mais il faut aussi qu’elle pense à ramener ses deux jambes pour atterrir loin en avant.
Malheureusement, cette dernière phase n’est pas totalement terminée lorsqu’elle atterrit dans le sable. C’était pourtant un saut de très grande classe. Tout le monde fixe maintenant le panneau lumineux, qui finit par éclairer trois chiffres incroyables : 6 7 3 ! Meta attrape sa tête avec ses mains et rayonne de bonheur; elle vient de pulvériser le record suisse de neuf centimètres et, surtout, d’asséner un grand coup à toutes ses adversaires. 6,73 m, c’est prodigieux; mais que valent-ils vraiment dans cette finale mettant aux prises onze autres folles furieuses ?
Une finale du saut en longueur absolument épique
Dans cette première série d’essais, Ingrid Mickler ne tape pas la poutre correctement et commence avec 6,42 m. Heide Rosendahl, détentrice du record du monde et victorieuse du pentathlon peu de temps auparavant, ouvre sa série avec 6,46 m. Sheila Sherwood est mesurée à 6,38 m et Margrit Herbst doit se contenter de 6,29 m. Il y avait déjà quelque chose de bon dans ces 6,73 m réussis d’entrée : ils peuvent paralyser quelques-unes de ses adversaires. Voici maintenant le deuxième tour, qui permet à Meta de conforter un peu plus sa position de leader avec un nouveau très bon saut mesuré à 6,62 m. Derrière, c’est le drapeau rouge pour Mickler, Rosendahl se montre menaçante avec 6,64 m, Szewinska passe de 6,16 m à 6,54 m et Sherwood saute à 6,52 m. Quoi de neuf avec Viorica Viscopoleanu ? La Roumaine est méconnaissable avec 6,22 m. Cette finale est absolument passionnante, mais dieu qu’elle passe lentement. On en est maintenant à la troisième ronde, qui voit Meta sauter à 6,45 m.
Après un début poussif, Mickler se reprend bien et se rapproche avec 6,64 m. Rosendahl reste constante avec 6,63 mètres. En revanche avec un petit 6,26 m, Herbst sombre au neuvième rang et ne peut plus continuer dans cette finale. Ça fait toujours une concurrente dangereuse en moins. Pour le quatrième tour, il ne reste plus que les huit meilleures. Meta commence à espérer et pour se motiver, elle cherche du regard le drapeau suisse sur un des mâts du stade : «Comme ce serait bien s’il était élevé le plus haut ! ». Le quatrième essai d’Antenen est toujours très bon, il est mesuré à 6,55 m. Mickler retourne dans ses travers en passant tout droit, alors que Rosendahl fait crier le public. Est-ce arrivé ? Non, 6,66 m ! Sherwood poursuit sa progression avec maintenant 6,62 m. Par contre aucun danger cette fois-ci du côté de Szewinska. Avant les deux derniers sauts, il s’avère nettement que le podium se jouera entre ces cinq athlètes. Avec l’avant-dernière ronde, la tension augmente de manière presque insupportable. Il y a de tout avec Meta Antenen qui atterrit à 6,66 m avec un appel avant la planche ! Dommage, c’était un saut absolument fantastique, au niveau du record du monde !
Le grand geste de fair-play
Ingrid Mickler ne prend pas part à cette série d’essais car elle doit courir la finale du 4 x 100 m avec son équipe. Spontanément, Meta va chercher le survêtement de son adversaire devant sa position de départ, ceci pour gagner du temps pour elle. Elle a aussi également accepté qu’Ingrid puisse effectuer son cinquième saut par la suite. L’Allemande n’est pas parvenue à revenir à temps et, selon le règlement, elle ne peut pas récupérer son essai. Les autres concurrentes restent menaçantes : pour Heide Rosendahl, c’est encore une fois magnifique avec 6,63 m et pour Sheila Sherwood, son saut est mesuré à 6,57 m. Le moment de vérité arrive avec le tout dernier essai de cette finale européenne. Meta Antenen réussit encore un saut magnifique à 6,62 m, puis Irena Szewinska s’améliore avec pour elle aussi 6,62 m.
Maintenant c’est au tour d’Ingrid Mickler. L’Allemande, qui a conquis le titre européen du 4 x 100 m un quart d’heure plus tôt, sent que le vent arrière est en train de se lever. Plusieurs fois, elle jette de l’herbe en l’air et mesure ainsi la force du vent. Avec beaucoup d’expérience, elle décide de reculer ses marques d’un pied. Elle se concentre, court, mise sa toute dernière carte. Elle frôle tellement la plasticine lors de son appel que les juges-arbitres examinent longtemps l’impact, à la recherche d’une trace, avant de lever le drapeau blanc en signe de validité. Le saut paraît très loin; est-ce la décision ? Elle tombe rapidement sur le panneau lumineux et le verdict est douloureux pour Meta Antenen et probablement pour de nombreux suisses amateurs de sport : 6,76 m ! Ingrid Mickler exulte alors que Meta constate que la mesure du vent indique +1,8 m/s pour ce saut triomphal, de loin le vent favorable le plus fort de toutes les concurrentes. Il aura fallu attendre le cinquante-huitième des soixante sauts de cette finale pour connaître le vainqueur.
Oui, Mickler est absolument une digne championne d’Europe du saut en longueur. Et Meta, qu’en est-il à ce moment-là ? La Suissesse vient de perdre au tout dernier instant une médaille d’or, qui était quasiment autour de son cou. Fait incroyable, elle surmonte la déception probablement mieux que quiconque. Elle se précipite vers la nouvelle championne d’Europe, la félicite chaleureusement et toutes deux exécutent une danse joyeuse sur le terrain de sport. Un journal ouestallemand écrit alors : « En un tour de main, Meta Antenen, heureuse et chaleureuse, a été gagnante ». Tous deux s’embrassent avec cordialité, mais en fait Meta n’est pas encore sûre de sa médaille d’argent puisque Heide Rosendahl a encore une ultime chance. Malgré un vent favorable de 1,1 m/s, elle doit se contenter de 6,60 m.
Une médaille d’argent qui vaut de l’or
Il s’agit là tout simplement du meilleur concours de saut en longueur de l’histoire de l’athlétisme ! Dans les allées du stade Olympique d’Helsinki, Meta Antenen fait part de ses sentiments suite à cette incroyable et passionnante finale : «Le sport peut être juste, sensationnel, inspirant et enivrant, mais aussi dur, brutal, impitoyable et tragique. Le sport peut aussi être humain et Meta Antenen, fair-play envers les Allemandes de l’Ouest tif. Je pratique le sport et j’en accepte les règles». L’un des journalistes allemands est totalement stupéfait d’entendre ce discours : «Vous, les Suisses, avez gagné cette médaille d’or», a-t-il déclaré en inclinant la tête avec sympathie. Le journal « Sport » résume bien la valeur de la prestation de Meta Antenen : « Avec 6,73 m au premier essai, Meta Antenen a accompli un véritable exploit et surtout accompli une moyenne jamais atteinte dans l’histoire de l’athlétisme sur six sauts : 6,60 m ! Elle réalise ainsi une prestation digne des succès légendaires de Josef Imbach, Paul Martin et Willy Schärer lors des Jeux Olympiques de 1924 à Paris et les performances de classe mondiale de Walter Tschudi au décathlon, de Peter Laeng sur 400 m et de Philippe Clerc au sprint en 1969 ».
La réaction de Meta Antenen
De toutes parts les compliments affluent pour Meta Antenen. Il faut bien le dire, c’est largement mérité pour cette athlète qui a dominé le concours du saut en longueur de 18:00 à 19:40, soit 100 minutes de rêve absolu. La cérémonie protocolaire qui s’en suit laisse la Schaffhousoise sur des impressions mitigées : « Au moment où je me suis tenue sur le podium, pas au sommet comme je l’espérais jusqu’à la dernière seconde de la compétition, lorsque le drapeau allemand de l’Ouest a été levé à la place du drapeau suisse et que l’hymne national allemand, le fameux « Deutschlandlied » a retenti des haut-parleurs, ce moment était pour moi à la fois le plus beau et le plus douloureux de ces championnats d’Europe. C’est pourquoi il est si difficile de dire ce qui m’est passé par la tête. Jusqu’à ce saut victorieux d’Ingrid, j’avais toutes les raisons de croire en l’impossible. En même temps, je n’ai pas bien commencé. Mes genoux avaient tremblé à la première tentative. J’étais en colère contre moi-même. Mais le trac était plus fort que moi. La tension pendant les derniers jours de préparation s’était soudain concentrée dans le stade, au point de paralyser mes membres. Mais je me suis mordu les lèvres, pincé les cuisses. C’est le moment d’y aller ! Lors de ma première tentative, je n’avais même pas eu une bonne sensation car j’avais sauté très haut, mais pas avancé suffisamment les jambes. Mon dernier saut dans cette série était un fardeau nerveux particulier. J’ai bien sauté, mais je ne me suis pas améliorée. À ce moment-là, la vraie guerre des nerfs a commencé. Je me suis assise sur le banc, je me suis relevée à nouveau, j’ai fait les cent pas, les doigts croisés. S’il y avait eu une église à proximité, j’aurais couru droit dedans. »
« Quand Ingrid a commencé – je l’admets – je ne lui ai pas souhaité le meilleur. Elle avait le vent arrière, c’était pas bon pour moi. Cela pourrait la replacer. Il faut imaginer que jamais de ma vie je n’étais aussi proche du but sur lequel je m’étais entraîné pendant des années sous de grandes austérités. Ça aurait pu être le cas à l’issue de cette dernière ronde d’essais, mais je n’osais toujours pas y croire. S’il y a un dieu de l’athlétisme, me suis-je dit, alors je lui demande de m’aider maintenant, de laisser Ingrid se rater. Comme je l’ai dit, ce n’était pas le moins du monde contre ma collègue. Elle méritait le titre aussi bien que moi. Mais n’est-il pas compréhensible de penser à soi dans de tels moments, d’espérer en soi ? Elle a commencé, a sauté très près de la plasticine et a sauté trois pouces plus loin que moi. Le rêve avait disparu, j’étais deuxième. C’était comme construire un château de cartes qui, à tout moment, peut s’effondrer en silence. Mais la maison grandit et vous avez maintenant la dernière carte en main. Vous la placez, mais une brise réduit le tout à néant, ou presque. Je suis fière de pouvoir dire que j’ai été un bon perdant quand j’ai félicité Ingrid Mickler. J’ai montré un visage riant, j’étais heureuse de ma médaille d’argent. Mais ensuite, sur le podium, la musique de l’hymne national et le fait que tout le monde se soit levé dans le stade pour cette occasion ont contribué à ce que je doive combattre ardemment mes larmes. Pas par déception, pas par jalousie, mais tout simplement parce que la tension s’était dissoute dans les sons et que quelque chose a bougé en moi comme un glissement de terrain. La différence entre l’or et l’argent n’est jamais égale à la petite différence de trois centimètres. Mais rien ne pouvait être changé. Il fallait être le premier et l’autre deuxième ».
Après ces émotions dans le stade Olympique d’Helsinki, il est temps de rentrer au bercail. En arrivant à Schaffhouse, pas moins de 500 personnes attendent Meta Antenen. La jeune médaillée d’argent a défilé dans les rues de la ville, en présence des autorités et au son de la musique de la ville.

En 1976, quelques jours seulement après la fin de carrière de Meta Antenen, le nom de Peter Muster apparaît sur la liste des records suisses. L’athlète né en 1952 succède à Philippe Clerc en tant que héros suisse du 200 m. En 1978, l’actuel président des séniors du LC Zürich se trouve à côté du légendaire Pietro Mennea avec une médaille de bronze autour du cou sur le podium des Championnats d’Europe à Prague.
Première médaille suisse en plein air depuis le saut en argent de Meta Antenen en 1971 à Helsinki. Et comme la Schaffhousoise, le Zurichois a commencé sa carrière au Swiss Athletics Sprint. Projet jeunesse initié en 1951 – il y a 70 ans – par l’entraîneur émérite du LCZ et chef statisticien de la FSA Silvio Nido sous le nom du « Schnällscht Zürihegel ».
Muster est une éclosion tardive : il ne s’est jamais imposé au Swiss Athletics Sprint et a récolté son premier titre suisse jeunesse à 17 ans, sur 200 m. Avant de gagner à huit reprises l’or chez les élites. En 1974, le laborantin en chimie et futur biochimiste s’est qualifié pour les Championnats d’Europe à Rome.
S’il ne s’est pas qualifié pour la demi-finale du 200 m, c’est en raison d’une déchirure musculaire. Son homonyme italien, Pietro Mennea, a quant à lui célébré devant son public son premier titre européen. En 1979, sur les hauteurs de Mexico-City, l’Italien court en 19″72 et bat le record du monde détenu par Tommie Smith. En 1980, Mennea sera sacré champion olympique à Moscou. En 1978, aux Championnats d’Europe à Prague, il est le grand favori du demi-tour de piste.
En demi-finale, Peter Muster (26 ans) réussit le deuxième meilleur chrono (20″63) derrière Mennea. En finale, le participant olympique de Montréal 1976 part juste derrière l’Italien, au couloir numéro 2. Et franchit la ligne en 20″64 : presque dans le même chrono que son prédécesseur Philippe Clerc en 1969 lors de son titre européen à Athènes (20″6 manuel).
Le 5 juin 1976 à Zofingue, Peter Muster avait fixé à 20″46 le fabuleux record suisse de 20″3 établi par Clerc au Weltklasse Zürich en 1969. Le 5 août 1978, le protégé de Dieter Morf pulvérise encore à Berne, de pair avec ses compères Franco Fähndrich, Urs Gisler et Hansjörg Ziegler, le record national du relais 4×100 m à 39″19 : un temps qui ne sera battu que près de 30 ans plus tard.
Muster a mis un terme à sa carrière de sportif d’élite en 1982 pour privilégier sa carrière professionnelle. Mais il est resté par maints côtés fidèle à l’athlétisme suisse : d’abord comme coach de relais 4×100 m, puis comme accompagnant d’un coureur de 400 m aveugle, enfin aujourd’hui encore comme membre du comité du LCZ.

Le 7 février 1971 le droit de vote a été adopté au niveau fédéral. Un mois plus tard, le 5 mars 1971, Marijke Moser remportait son premier titre de championne suisse de cross. Mais l’athlète née en Hollande ne s’en est pas contentée et s’apprêtait à déclencher une révolution nationale dans le monde de la course à pied.
En 1971, à la course Morat-Fribourg, la plus traditionnelle de toutes les courses suisses, Marijke Moser n’a pas tenu compte de l’interdiction de participer pour les femmes et a couru secrètement dans le peloton réservé aux hommes – jusqu’à ce qu’elle soit arrêtée par les forces de l’ordre (!). La « coureuse au noir », qui fête son 75e anniversaire le 13 novembre, évoque aujourd’hui l’acte pionnier ainsi : « Mon ex-mari (Albrecht Moser – réd.) participait aussi à la course. Alors j’ai pensé : Quel est l’intérêt de geler au bord de la route ? Je cours aussi ! Alors j’ai couru…»
En 1973, à l’occasion de la 40e édition de la course commémorative, la septième des CM de cross a utilisé un truc similaire à celui utilisé par Kathrine « Kathy » Switzer au marathon de Boston en 1967. Contrairement à son pendant américain (K. V. Switzer) Moser, née Van de Graaf, ne s’est pas inscrite avec ses initiales pour obtenir un dossard, mais avec un nom d’homme. Peu avant l’arrivée « Markus Aebischer » a été sorti de la course et ne figure donc pas dans les classements.
Markus fait suite à « Markus »
En 1974 la précurseur bernoise a trouvé un autre Markus imitateur : Le collègue du club, STB Markus Ryffel. Le recordman U20 sur 5000 m et 10 km de 19 ans, s’alignait sous le nom de son frère aîné Urs et terminait troisième. Toutefois seulement de manière inofficielle.
« Disqualification » tel a été le verdict – comme dans le cas de Marijke Moser une année auparavant. La raison en est un paragraphe obsolète qui interdisait aux juniors ainsi qu’aux femmes de participer sur la distance originale.
Ce n’est qu’en 1977 que les juniors – dès 18 ans – et les femmes – dès 19 ans (!) – ont obtenu le droit de participer à la classique de l’automne sur 17,150 kilomètres. Six mois après la naissance de sa fille Mirja, Marijke Moser était fêtée comme la première gagnante officielle. Pour l’occasion elle portait le shirt du club Spiridon fondé en 1975 (voir ci-dessous).
La patience a été récompensée : Le 23 avril 1978, la participante aux Jeux olympiques en 1972 sur 1500 m, à l’époque la distance la plus longue sur piste pour les femmes, est devenue la première championne suisse de marathon à Schaffhouse, acclamée par 7000 spectateurs et félicitée par Albrecht Moser, qui a relégué le champion en titre Richard Umberg (également STB) à la deuxième place.
Spiridon plus rapide que la fédération
La vague de la course à pied et du jogging des USA s’est progressivement étendue à la Suisse. Le magazine de course à pied de Suisse romande « Spiridon », lancé en 1972 par le rédacteur en chef Noël Tamini et le double vainqueur de la course de Morat, Yves Jeannotat y a fortement participé. « Spiridon » a élevé le sport de compétition plutôt élitiste au rang de sport populaire et sain – de « sport de course à pied pour tous ». En parallèle les événements de course à pied poussaient comme des champignons que ce soit en ville (Corrida Bulloise 1976, Silvesterlauf Zürich 1977, Luzerner Stadtlauf 1978, L’Escalade 1978, 20 km de Lausanne 1982, Grand-Prix Bern 1982, Basler Stadtlauf 1983), à la campagne (Hallwilerseelauf 1975, Kerzerslauf 1979, Greifenseelauf 1980, Reusslauf 1983) ou dans les montagnes (Sierre-Zinal 1974, Aletsch-Halbmarathon 1986, Swissalpine Davos 1986).
Alors que les courses (populaires) en plein essor inspiraient les masses comme l’élite, la jeune Fédération suisse d’athlétisme n’a pas vraiment su gérer les épreuves hors stade, autrefois considérées comme « sauvages ». Il en a été de même pour les fédérations internationales d’athlétisme qui ne se sentaient responsables que des championnats de cross et de marathon. C’est ainsi que la World Mountain Running Association (WMRA) – comme en boxe – fondée en 1984 a rapidement organisé ses propres championnats d’Europe et du monde (de course de montagne). En 1987, le premier des quatre « World Trophies » organisés à ce jour a eu lieu en Suisse (depuis 2009, CM).
En 1987 également les Suissesses ont eu – sur l’initiative de Markus et Jacqueline Ryffel – leur propre course (féminine). En 1998, dans le cadre du Greifenseelauf, un premier CM (de semi-marathon) officiel, c’est-à-dire reconnu par l’IAAF et organisé par la FSA a eu lieu en Suisse. Entre-temps les (semi-)marathons sont en plein boom, les courses de montagne sont florissantes et les courses ultra ou Trail connaissent chaque année des championnats suisses. Naturellement pour les deux sexes.

Indoor ou outdoor, sur piste ou sur route : Markus Ryffel, année de naissance 1955, a fixé de nouvelles références sur les longues distances. De 1977 à 1984 l’athlète de STB a gagné six médailles internationales dont la première médaille olympique d’un coureur suisse depuis 60 ans : L’argent à Los Angeles en 1984 sur 5000 m – dans un temps record aujourd’hui encore valable de 13:07,54 minutes. 24 autres record et 19 titres nationaux entre 1976 et 1991 complètent le palmarès du « coureur à vie ».
«Who are you ?» Qui es-tu ? Henry Rono (KEN) pose à deux reprises cette question au Suisse petit, mais costaud, qui ne se laisse pas impressionner dans le Letzigrund assourdissant. Entre le 8 avril et le 27 juin 1978, le Kenyan a établi quatre records du monde sur 3000 m, 5000 m, 10 000 m et 3000 m Steeple et est l’homme du moment. Il remarque pour la première fois Markus Ryffel, dont les spectateurs scandent le nom toujours plus fort à chacun des douze tours et demi de piste.
Contrairement aux prodiges africains, le natif d’Uster ne devait pas parcourir des kilomètres pour se rendre à l’école. Le fils de boucher a comblé son manque d’endurance en faisant les livraisons à domicile, cordon bleu et viande des Grisons, pour ses parents. En 1968, à 13 ans, Ryffel a rejoint le LC Uster et a terminé sa première course sur piste au Letzigrund à l’avant-dernière place sur 1000 m. Malgré son « cœur de Porsche »: L’écolier fluet manquait encore de vitesse, régulièrement il devait s’avouer vaincu par les meilleures filles de son âge …
Découvert par Heinz Schild
Heinz Schild, entraîneur de demi-fond et de fond à la Fédération suisse d’athlétisme et par la suite fondateur du Grand-Prix Bern et du Jungfrau-Marathon, a reconnu le potentiel de Ryffel et a convaincu ses parents de laisser leur fils s’expatrier à Berne. Au lieu de l’apprentissage de cuisinier prévu, le jeune homme de 17 ans a commencé un apprentissage de typographe dans la ville fédérale en 1972 et a rejoint le Stadtturnverein Bern.
Sous la houlette de Schild, Ryffel est devenu un coureur de classe mondiale grâce à sa ténacité personnelle. À l’occasion de sa première participation sur 16 à Weltklasse Zürich en 1973, l’adolescent a d’entrée réalisé une meilleure performance européenne des juniors (14:03,1), tant il craignait se faire doubler par le détenteur du record du monde Emiel Puttemann (BEL) et le double champion olympique Lasse Virén (FIN).
Cinq ans plus tard, en 1978, Ryffel a couru dans un temps de record suisse de 13:19,97 minutes et a terminé deuxième derrière le grand Henry Rono qu’il a pu accompagner sur son tour d’honneur. Un mois plus tard, il inflige même la première défaite à Rono après 28 courses victorieuses sur piste. « Who are you? » À 23 ans Markus Ryffel s’est déjà fait un nom. Weltklasse Zürich 1978 n’a été qu’une « étape intermédiaire » – entre les CE en salle à Milan et les CE en plein air à Prague.
Percée internationale
Médaillé de bronze l’année précédente avec Rolf Gysin (800 m), Markus Ryffel se lance en mars 1978 avec des ambitions de titre dans la course sur 3000 m. En 7:49,5 minutes, au Palazzo dello Sport de Milan, le candidat aux médailles ne bat pas seulement son propre record national établi trois semaines auparavant au même endroit, mais il remporte aussi la première médaille d’or européenne pour la Suisse depuis Meta Antenen en 1974. Il bat de plus l’adversaire auparavant tant redouté, l’ancien recordman du monde belge Puttemann, qui termine deuxième.
2 septembre 1978 : Un jour après Peter Muster (200 m), Markus Ryffel (5000 m) autre « Swiss Athletics History Maker » monte sur le podium aux CE à Prague. Le champion d’Europe sur 3000 m ne doit s’avouer vaincu dans un sprint final époustouflant que par l’Italien Venanzio Ortis, qui avait déjà décroché l’argent sur 10 000 m (à Weltklasse Zürich il avait toutefois encore terminé derrière Ryffel).
La distinction de sportif suisse de l’année est la cerise sur le gâteau d’une année de course fantastique en 1978 – et ce n’est de loin pas fini. En 1979 à Vienne, Ryffel réussi à défendre son titre Indoor sur 3000 m dans le temps record toujours valable de 7:44,43 minutes. La même année en Outdoor, l’athlète de 24 ans court même en 7:41,00 (3000 m) respectivement 13:13,32 (5000 m) et termine troisième de la Coupe du monde sur 5000 m.
Trois participations olympiques
Alors qu’aux Jeux olympiques de Montréal en 1976 Markus Ryffel collectionnait encore des autographes d’Alberto Juantorena (400 m/800 m) et de John Walker (1500 m), il brille avec le cinquième rang en 1980 à Moscou. Ryffel a atteint l’olympe de la course en 1984 au Colisée de Los Angeles, où il décroche la médaille d’argent avec un sprint sensationnel derrière le dominateur Saïd Aouita (MAR), tout en devançant António Leitão (POR). Les 13:07,54 minutes représentaient à l’époque la cinquième meilleure performance de tous les temps sur 5000 m. À ce jour aucun Suisse n’a avalé les douze tours et demie plus rapidement que le médaillé d’argent aux CE en salle et aux Jeux olympiques en 1984.
La carrière de Ryffel n’a pas été aussi spectaculaire sur 10 000 m et la distance du marathon. À ses débuts en 1977 à New York, l’athlète de 22 ans a franchi l’arrivée après 2:19:40 heures et quelques pauses de marche. Plus tard, une maladie héréditaire des veines a entraîné un syndrome chronique de loge dans les muscles du mollet, qui l’a empêché de parcourir la distance classique de 42,195 km à une vitesse supérieure à 2:16:40 (1983 à Londres).
Argent olympique transformé en or
D’autre part en 1987 à Berlin Markus Ryffel a établi un meilleur temps mondial sur 25 km (1:15:04), a remporté neuf fois la course Morat-Fribourg (comme le recordman Werner «Düsenwerni» Dössegger), quatre fois le Grand-Prix Bern, trois fois le Greifenseelauf et deux fois l’Escalade de Genève. Il a été le premier coureur suisse – et athlète – à pouvoir vivre du sport et à construire une existence en parallèle. Et encore plus : Avant même son exploit olympique en 1984, il a fondé à Berne avec son frère aîné Urs, un magasin dédié à la course à pied, suivi d’un autre dans sa ville natale Uster. Avec l’entreprise Ryffel Running – entre-temps Markus Ryffel’s GmbH – l’homme d’affaires allait marquer comme aucun autre la course à pied et le sport de masse suisse, que ce soit en tant que pionnier de l’Aqua-Fit et du Nordic Walking ou en tant qu’offreur de cours de course, de séminaires et de vacances actives.
Le Bernois de cœur a fait de sa passion son métier aussi comme organisateur de voyages de marathon et organisateur de divers événements, dont la course pour la relève à Uster, la Course Féminine à Berne, le Greifenseelauf, le Survival ou le Santa Run. Aujourd’hui encore le coureur de fond âgé de 66 ans enfile ses chaussures de course plusieurs fois par semaine et a entre-temps plus de 200 000 kilomètres au « compteur ».
Il doit cette robustesse notamment à son mentor Heinz Schild (79 ans). Contrairement à la plupart des entraîneurs, l’homme de radio de longue date et légendaire speaker au Stade du Letzigrund ne s’est pas contenté de le faire avaler des kilomètres. Non, les exercices de coordination, de renforcement et de mobilité étaient tellement importants que les collègues de course ont demandé à Ryffel lors d’une rencontre de cadre à Macolin en 1974 s’il se préparait pour la Fête fédérale de gymnastique. Le pionnier qui serait plus tard le premier Suisse à s’entraîner avec la « Wet Vest », était déjà en avance sur son temps à l’époque.
Lien vers le podcast avec Markus Ryffel (en Suisse-allemand)
La deuxième décennie (1981 - 1990)

Dans les années ’80, les athlètes suisses ont non seulement attiré l’attention lors des championnats européens, mais ont également brillé lors des championnats du monde et des Jeux olympiques. Voici un résumé des événements les plus importants de l’athlétisme suisse au cours des saisons 1981 à 1990.
Highlights 1981
La saison débute merveilleusement à Grenoble avec les titres européens indoor de Roland Dalhäuser (TV Birsfelden) en hauteur et de Rolf Bernhard (ATV Frauenfeld) en longueur. En plein air, Dalhäuser pulvérise le record suisse en remportant le meeting d’Eberstadt avec 2,31 m; cet exploit lui donnera le mérite sportif suisse 1981. Rolf Bernhard est aussi à son top avec 8,10 m à Frauenfeld, puis 8,14 m à Ebensee. Dans les courses, Pierre Délèze (CA Sion) brille sur le mile en 3’51″77 et Markus Ryffel (ST Bern) franchit la barrière des 28 minutes sur 10000 m en 27’54″99. Les progrès de Stephan Niklaus (LC Basel) au décathlon sont également bien visibles avec trois records suisses en moins de deux mois : 7’891 pts à Götzis, 8’072 pts à Zurich et 8’092 pts à Zoug. Chez les femmes, Gaby Meier (Old Boys Basel) fait une ascension irrésistible en hauteur avec trois records suisses qui l’amènent à 1,90 m. Regula Egger (LC Turicum) est sur la même trajectoire au javelot avec 60,04 m. Enfin la jeune Corinne Schneider (LC Zürich) devient la reine de l’heptathlon avec 5’648 pts.
Highlights 1982
Comme l’an dernier, Rolf Bernhard et Roland Dalhäuser remportent une médaille aux Européens indoor à Milan. Le Thurgovien s’adjuge l’argent en longueur, alors que le Bâlois – pourtant en top forme avec 2,32 m – ne décroche pas mieux que le bronze en hauteur. En été, les plus en vue sont Pierre Délèze qui réussit 3’34″40 sur 1500 m et 3’50″38 sur le mile, Felix Böhni (LC Zürich) qui franchit 5,52 m à la perche, René Gloor (TV Länggasse) qui passe la ligne des 8 mètres en longueur avec 8,07 m et Stephan Niklaus qui obtient 8’152 pts au décathlon. Chez les femmes, Gaby Meier est plus forte que jamais en sautant 1,94 m à Stuttgart. Malgré une équipe helvétique fort prometteuse, les championnats d’Europe à Athènes n’apportent aucune médaille; seule Gaby Meier s’en sort bien en terminant quatrième de la hauteur avec une fois encore 1,94 m. En fin de saison, Bruno Lafranchi (ST Bern) brille à Fukuoka avec un nouveau record suisse du marathon en 2:11’12.
Highlights 1983
Le premier record suisse tombe en mars déjà grâce à Felix Böhni qui réussit aux Etats-Unis 5,62 m à la perche. De retour en Suisse, il explose le record suisse lors des CSI à Berne avec un magnifique 5,71 m. Les courses engendrent également d’excellents résultats avec les 3’32″97 de Pierre Délèze sur 1500 m, les 27’54″88 de Markus Ryffel sur 10000 m et les 49″53 de Franz Meier (LV Wettingen-Baden) sur 400 m haies. Stephan Niklaus prouve à Lausanne qu’il figure parmi les meilleurs décathloniens de la planète avec un fabuleux record suisse à 8’334 pts. L’équipe suisse qui s’aligne aux championnats du monde à Helsinki est à nouveau prometteuse. Mais le niveau présent en Finlande est plus haut que jamais. Stephan Niklaus termine à une excellente cinquième place du décathlon avec 8’212 pts et Pierre Délèze termine brillant sixième du 1500 m. Sur la route en fin de saison, Gaby Andersen-Schiess abaisse à Sacramento le record suisse du marathon en 2:33’25.
Highlights 1984
L’athlétisme suisse est reçu 5 sur 5 aux Européens indoor à Göteborg. Peter Wirz (ST Bern) remporte le titre sur 1500 m, Markus Ryffel, Roland Dalhäuser et Werner Günthör (ST Bern) décrochent l’argent sur 3000 m, en hauteur et au poids, alors que Sandra Gasser (ST Bern) s’empare du bronze sur 1500 m. Quelques jolis records suisses tombent dans les courses avec les 45″37 de Marcel Arnold (BTV Luzern) sur 400 m, les 1’45″75 de Marco Mayr (Old Boys Basel) sur 800 m et les 49″42 de Franz Meier sur 400 m haies. Mais ce sont les 20,80 m de Werner Günthör au poids qui font sensation. Chez les femmes, Corinne Schneider réussit à Götzis le bon total de 6’110 pts à l’heptathlon. Lors des Jeux Olympiques à Los Angeles, Markus Ryffel est éblouissant lors de la finale du 5000 m en remportant une magnifique médaille d’argent en 13’07″54. Quatre autres athlètes décrochent un diplôme olympique : Werner Günthör au poids et Cornelia Bürki (LC Rapperswil-Jona) sur 3000 m terminent cinquièmes, Peter Wirz se classe brillant sixième du 1500 m et Felix Böhni obtient la septième place à la perche.
Highlights 1985
Werner Günthör lance le poids à 21,55 m en salle à Macolin, puis il signe l’unique podium de l’année lors des championnats d’Europe indoor au Pirée. L’été venu, Jean-Marc Muster (LAC Biel) court à deux reprises le 110 m haies en 13″74, Markus Ryffel améliore le record suisse du 10000 m en 27’54″29 et Roland Hertner (SC Liestal) en fait de même avec celui du 3000 m steeple en 8’25″26. Cependant l’exploit de l’été est réalisé par Pierre Délèze sur 1500 m à Zurich. En battant de main de maître Sebastian Coe, le Valaisan réussit un chrono incroyable : 3’31″75. Chez les femmes, Cornelia Bürki pulvérise les records suisses du 1500 m en 4’02″05 et surtout du 3000 m en 8’38″71. Rita Heggli (LC Zürich) se signale avec des performances qui rappellent Meta Antenen : 13″16 sur 100 m haies et 6,59 m en longueur. Dans les lancers, Ursula Stäheli (Old Boys Basel) envoie son poids à 17,58 m et Denise Thiémard (GG Bern) son javelot à 63,96 m, tandis que Corinne Schneider totalise maintenant 6’265 pts à l’heptathlon.
Highlights 1986
En lançant le poids à 21,80 m à Macolin, puis en remportant le titre européen indoor à Madrid, Werner Günthör a changé de statut : il est désormais LA star de l’athlétisme suisse. Derrière lui on voit quelques belles performances comme les 6″61 de Stefan Burkart (Diner TC) sur 60 m en salle, les 8’22″49 de Roland Hertner sur 3000 m steeple, les 16,08 m de Peter von Stockar (ST Bern) au triple saut ou les 75,96 m de Rudolf Steiner (ST Bern) avec le nouveau javelot. Du côté féminin, Vroni Werthmüller devient la femme la plus rapide de Suisse avec 11″39 sur 100 m. Cornelia Bürki court le 800 m en 2’00″99, Rita Heggli abaisse par deux fois le record national du 100 m haies en 13″13, puis en 13″11 et Ursula Stäheli lance son poids à 17,78 m. Les championnats d’Europe à Stuttgart sont marqués par un exploit monumental de Werner Günthör. En propulsant son poids à 22,22 m, le Thurgovien remporte le titre de champion d’Europe en battant les deux Allemands de l’Est Ulf Timmermann et Udo Beyer. Günthör est évidemment désigné sportif suisse de l’année.
Highlights 1987
La saison en salle 1987 est absolument incroyable. Werner Günthör bat le record du monde indoor du poids à Macolin avec 22,26 m ! Il remporte ensuite l’argent aux Européens à Liévin et aux Mondiaux à Indianapolis. Mais ce n’est pas tout car Sandra Gasser (ST Bern) est titrée sur 1500 m à Liévin, Roland Dalhäuser avec 2,32 m en hauteur et Rita Heggli sur 60 m haies terminent tous deux quatrièmes des Mondiaux et Ursula Stäheli lance son poids à 18,75 m. En été, on enregistre de beaux records suisses comme les 45″26 de Marcel Arnold sur 400 m, les 1’45″46 de Gert Kilbert (TV Unterstrass) sur 800 m, les 59,14 m de Christian Erb (LV Winterthur) au disque, les 1’58″90 de Sandra Gasser sur 800 m, les 13″07 de Rita Heggli sur 100 m haies et les 64,04 m de Denise Thiémard au javelot. Mais c’est bien Werner Günthör qui éblouit en lançant le poids à 22,43 m à Lüdenscheid, puis à 22,47 m à Helsinki. Aux championnats du monde à Rome, il devient champion du monde en lançant sous les sifflets des Tifosi à 22,23 m. En demi-fond, Pierre Délèze se fait hélas souffler la médaille de bronze dans les derniers mètres du 5000 m. Également quatrième sur 1500 m (3’59″90) et sur 3000 m (8’40″31), Cornelia Bürki est au zénith de sa forme à Rome. En fin de saison, pour la seconde fois d’affilée, Werner Günthör est désigné sportif suisse de l’année.
Highlights 1988
Aux championnats d’Europe en salle à Budapest, deux nouveaux podiums récompensent Markus Hacksteiner (TV Windisch), deuxième du 3000 m et Gert Kilbert (TV Unterstrass), troisième du 800 m. Rita Heggli améliore quant à elle le record suisse du 60 m haies en 8″07. En plein air, Christian Erb (LV Winterthur) pulvérise à quatre reprises son record suisse du disque pour le porter à 64,04 m, alors que Beat Gähwiler (LC Turicum) place à Götzis le record suisse du décathlon à 8’244 pts (avec le nouveau javelot). En août, Ursula Stäheli lance son poids à 18,02 m et une semaine plus tard, c’est Werner Günthör – de retour aux affaires après quelques blessures – qui réussit à Berne l’exploit le plus monumental de l’Histoire de l’athlétisme suisse en lançant le poids à un prodigieux 22,75 m ! Aux Jeux Olympiques de Séoul, le Thurgovien décroche la médaille de bronze avec 21,99 m. Regula Aebi (LV Langenthal) et Anita Protti (Lausanne-Sports) brillent aussi en Corée du Sud. La Bernoise bat pour la quatrième fois le record suisse du 200 m en 22″88, tandis que la Vaudoise en fait de même avec celui du 400 m haies en 54″56.
Highlights 1989
Regula Aebi sur 200 m et Anita Protti sur 400 m perpétuent la tradition en remportant une médaille lors des championnats d’Europe en salle à La Haye avec respectivement l’argent et le bronze. Markus Trinkler (Hochwacht Zug) est en bonne forme durant cet hiver avec les records suisses du 800 m en 1’47″26 et du 1000 m en 2’20″73. En été, Markus Ryffel passe la barre des 20 km dans l’heure avec 20029 m et Rudolph Steiner frôle celle des 80 mètres au javelot avec 79,94 m. Regula Aebi court une nouvelle fois le 200 m en 22″88, tandis que le duel passionnant entre Martha Grossenbacher (TV Unterstrass) et Anita Protti sur le tour de piste fait progresser le record suisse à 52″19, puis à 52″12 en faveur de la Vaudoise. Cette dernière est sélectionnée dans l’équipe d’Europe pour le 4 x 400 m de la Coupe du monde à Barcelone. Également de la partie en Catalogne, Werner Günthör est de retour après avoir dû subir une saison perturbée par une blessure au dos. Ses 22,18 m réussis à Berne montrent qu’il appartient toujours à l’élite mondiale du lancer du poids. En fin de saison, Sandra Gasser revient après une suspension de deux ans et améliore le record suisse du 1000 m dans l’excellent chrono de 2’31″51.
Highlights 1990
Les compétitions en salle permettent à Beat Gähwiler de placer le record suisse de l’heptathlon au bon total de 5’729 pts. Aux championnats d’Europe indoor à Glasgow, Sandra Gasser décroche le bronze sur 1500 m. Au mois de mars, Werner Günthör doit se faire opérer au dos et on ne le reverra pas de toute la saison. Les autres stars de l’athlétisme suisse sont donc sous les feux de la rampe, mais on note peu d’exploits. Anita Protti et Sandra Gasser sont les plus en vue durant l’été. Leur duel lors du 800 m des championnats suisses à Langenthal est de toute beauté et c’est la Lausannoise qui l’emporte en 1’59″98. Aux championnats d’Europe à Split, Anita Protti décroche la médaille d’argent du 400 m haies avec un nouveau record suisse en 54″36, alors que Sandra Gasser s’adjuge le bronze sur 1500 m. Le relais 4 x 400 m féminin, avec Regula Anliker-Aebi, Martha Grossenbacher, Regula Scalabrin (LC Frauenfeld) et Anita Protti termine sixième et Beat Gähwiler se classe sixième du décathlon avec 8’146 pts. Insatiable, Anita Protti termine la saison avec un nouveau record suisse sur 400 m en 51″32.
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Ajla del Ponte et Angelica Moser ont écrit de belles pages d’histoire d’athlétisme helvétique à Torun 2021 : elles n’ont pas fait que décrocher les premiers titres européens pour la Suisse sur 60 m et à la perche, mais ont encore réussi le premier doublé à une telle compétition depuis 40 ans. Deux titres individuels lors du même championnat ? Roland Dalhäuser et Rolf Bernhard ont fait pareil en 1981 à Grenoble.
Roland Dalhäuser a hissé le record suisse à 2,28 m à Macolin, avant de faire mieux encore aux championnats d’Europe à Grenoble. Du haut de ses 1,91 m, l’athlète du TV Birsfelden a notamment battu le futur champion d’Europe en plein air et champion olympique Dietmar Mögenburg pour devenir le troisième Helvète sacré champion d’Europe en salle après Meta Antenen et Markus Ryffel.
L’été de la même année, le Bâlois de 23 ans d’Ormalingen n’est pas en reste. Au Meeting international de hauteur d’Eberstadt, dans le Baden-Württemberg, il hisse son record national outdoor de 2,26 à 2,31 m. Et gagne au passage l’équivalent de son poids – 86 kg, tout de même – en vin de la région (Trollinger Spätlese).
Et ce n’est pas tout : le voltigeur suisse s’attaque à une barre placée à 2,37 m : un centimètre de plus que le record du monde détenu par le champion olympique est-allemand Gerd Wessig. Mais il échoue de peu face à celui avec lequel il avait, aux Jeux olympiques de 1980 à Moscou, secrètement échangé son maillot. Les deux hommes sont restés en contact après leur carrière.
La distinction de Sportif suisse de l’année 1981 a fait pousser des ailes à Roland Dalhäuser. Aux Championnats d’Europe en salle 1982 à Milan, le protégé de Hans Mohni s’est de nouveau attaqué aux étoiles. Avec un saut à 2,32 m, il y a réalisé son 16e record national, sans toutefois parvenir à défendre son titre de champion d’Europe.
Médaille d’or en 1981, médaille de bronze en 1982, médaille d’argent en 1984 : Dalhäuser a récolté un lot complet de médailles aux CE en salle. Il a en outre glané une belle 5e place tant aux Jeux olympiques de 1980 à Moscou qu’aux Championnats du monde indoor 1987 à Indianapolis. Avec un nouveau bond à 2,32 m (la même hauteur que le jeune Javier Sotomayor, 20 ans, qui deviendra la grande star de la discipline), l’actuel Directeur d’établissement médico-social s’est payé le luxe de renouer avec ses hauteurs des débuts des années huitante. Son record absolu de 2,32 m a jusqu’ici résisté à tous les assauts suisses. Idem pour ses 2,31 m en plein air réussis lors de la première de ses deux victoires à Eberstadt (1981/1982).
Maillot du bloc de l’Est
Retour à l’année en or de 1981. Retour aux Championnats d’Europe en salle à Grenoble. Un jour seulement après Roland Dalhäuser, Rolf Bernhard double la mise pour le camp helvétique en longueur. Le routinier de 32 ans de l’Arbeiter-Turnverein Frauenfeld dépasse pour la première fois de sa carrière la marque des 8 m en salle et décroche comme Dalhäuser un superbe titre de champion d’Europe. Ses 8,01 m représentent aujourd’hui encore le record suisse indoor.
Les premiers de ses 19 records nationaux (4 en salle, 15 en plein air), le Thurgovien les a décrochés en 1971 – il y a pile 50 ans – aux Championnats suisses à Bâle. En 1975, à l’occasion de l’inauguration du Stade de la Trinermatte à Zofingue, l’électronicien de profession est devenu le premier Helvète à dépasser la marque magique des 8 mètres. Un haut fait historique que le Sportif suisse de l’année 1975 a réussi une douzaine de fois tout au long de sa carrière sous la houlette de Ernst-Peter Huber.
Anecdote : comme l’ATV Frauenfeld n’avait pas de maillot officiel, le champion a accompli l’historique amélioration de la meilleure marque nationale de 7,99 m à 8,00 m avec le maillot du futur détenteur du record d’Europe Nenad Stekić ; maillot échangé avec le médaillé d’argent yougoslave une année plus tôt aux CE à Rome. Son exploit, le 5e des CE l’expliquait toutefois plutôt par sa nouvelle technique de saut et course d’élan de 19 foulées plus courtes.
Jusqu’en 1974, l’athlète pleinement amateur n’a pas pu exploiter tout son potentiel à l’entraînement. Etant donné que sa ville d’origine Frauenfeld ne possédait pas encore de piste en tartan et que la plupart des compétitions se déroulaient sur un tel revêtement, il a régulièrement dû prendre sur lui le chemin du Sihlhölzli de Zurich ou du Schachen à Aarau après sa journée de travail pour pouvoir s’entraîner dans de bonnes conditions ; volontiers avec son meilleur adversaire et collègue de discipline Linus Rebmann.
Saut record le jour de la Fête nationale
La ville autrichienne d’Ebensee était pour les sauteurs en longueur ce qu’était la ville allemande d’Eberstadt pour les sauteurs en hauteur. Rolf Bernhard y a fêté le 1er août 1981 son plus grand exploit : 8,14 m, « un saut dans le prochain millénaire ». Le champion d’Europe en salle, triple participant aux Jeux olympiques et décuple champion suisse a ensuite mis un terme à sa carrière internationale avec une belle médaille d’argent aux CE en salle en 1982. Pour jouir depuis d’une retraite sportive bien méritée.
Alors que le record national de saut vertical établi par Dahlhäuser en 1981 ne tient aujourd’hui plus qu’à un fil, celui horizontal en plein air de Bernhard a pour sa part été battu. Le 2 août 2003 – là aussi à Ebensee –, Julien Fivaz s’est en effet envolé à 8,27 m.
2021, l’année du jubilé, sera-t-elle l’année de nouveaux records ?

La Swiss Athletics History Maker Sandra Gasser (née en 1962) a remporté entre 1984 et 1993 un lot complet de médailles aux Championnats d’Europe en salle sur 1500 m. Sur la même distance, elle a glané deux médailles de bronze aux CE en plein air 1990 à Split et aux CM en salle 1993 à Toronto. Aujourd’hui encore, elle porte l’athlétisme dans son cœur. L’entraîneur de demi-fond et de fond du STB se retourne sur sa turbulente carrière et dévoile ce qu’elle transmet à ses athlètes.
Quels sont les moments de ta carrière auxquels tu penses le plus volontiers ?
C’est difficile à dire. Beaucoup de sportifs disent qu’il n’y a pas un moment particulier, mais plein de moments différents, tous tout à fait exceptionnels. Peut-être ma première médaille en championnats suisses, à l’âge de 12 ans, sur 600 m : j’y avais pleuré de joie. Comme plus tard aux championnats du monde. Ou alors aux CE en salle, où j’ai récolté le bronze en 1984 ; et trois ans plus tard même l’or, bien que je pensais d’abord que je n’allais plus jamais gagner de médaille. Ou alors les CM en salle 1993, où je suis tombée et où j’ai malgré tout fini troisième. Chaque moment est unique. Le relais 800×800 m que mon club a organisé pour mon retour à la compétition en 1989 reste lui aussi très présent. De tels moments ont fait de moi l’être humain que je suis aujourd’hui.
Et quels sont les moments qui sont aujourd’hui encore douloureux ?
Très clairement le dévoilement de mon cas de dopage. Quand on est venu me chercher, à Zurich, et que Hansjörg Wirz, alors directeur de Swiss Athletics, m’a annoncé que mon test des CM de Rome était positif. Ce moment n’était pas trop grave parce que je ne pouvais pas le croire. J’étais fermement persuadée qu’il s’agissait d’une erreur qui allait tôt ou tard être reconnue. Mais après, il y a eu le choc et toute l’expérience qui allait suivre. Une grande douleur. Oui, aujourd’hui encore, c’est pour moi comme un poignard dans le cœur, quand je lis, à mon égard, « l’ancienne dopée ». Le souvenir de cette époque s’est estompé, mais les événements de Rome m’ont accompagné tout au long de mon chemin de vie.*
Mais tu as écrit de nombreux beaux chapitres avant et après ta suspension. A qui dois-tu tes succès ou, pour le dire autrement : quel a été ton « Swiss Athletics History Maker-Maker » ?
Il y a là pour sûr plusieurs personnes. A commencer par mon voisin, qui m’a pour ainsi dire « découverte » et qui a rendu mes parents attentifs que j’avais du talent et qu’il fallait que je vive mon amour pour le mouvement dans un club. Ensuite il y a mes parents, qui m’ont toujours accompagnée et étaient pour sûr mes plus grands fans. Ensuite évidemment mes entraîneurs au STB. D’abord mon entraîneur jeunesse Hans Sommer, qui a été une personne importante pour moi. Ensuite, mon mari, Beat Aeschbacher, qui était d’abord mon collègue d’entraînement et qui a plus tard poursuivi le travail effectué avec Housi Sommer. Mon collègue de club Markus Ryffel m’a lui aussi aidée en m’engageant à temps partiel dans son magasin, chose qui m’a beaucoup aidée, comme le soutien de mes sponsors.
Quels sont les avantages d’être entraîné par son partenaire de vie ?
L’avantage principal est qu’on vit et expérimente tout ensemble, qu’on peut partager les choses avec quelqu’un, avec la personne la plus proche. Dans mon cas, mon entraîneur était prêt à adapter sa vie à la mienne afin que ça fonctionne pour moi. Beat était très impliqué, me connaissait très bien, mes forces, mes faiblesses, savait avant même l’entraînement si j’étais fatiguée ou non.
Y a-t-il aussi eu des points de friction ?
Parce qu’on est si proche, on est aussi très direct l’un envers l’autre. Avant tout l’entraîneur envers son athlète. Il n’y a pas de belle formule qui vaille pour que ça sonne mieux. Des fois, ça peut être très dur. On doit apprendre à vivre avec, comprendre que la critique ne me vise pas moi, en tant que femme, partenaire ou être humain, mais en tant qu’athlète – qui veut continuer à progresser. Faire la différence entre tout ça n’était pas toujours facile. Il y a aussi eu des amertumes et des frictions.
Quel athlète t’a inspiré quand tu étais jeune ?
D’abord évidemment mon groupe d’entraînement. Je voulais être la meilleure, ce qui a pris du temps, d’autant plus que je m’entraînais avec des athlètes plus âgées. Ensuite, je me suis orientée sur le meilleur niveau national, avec Cornelia Bürki tout devant. C’était là aussi pour moi un cadeau, parce que Cornelia était en même temps au meilleur niveau mondial. Ce qui a fait que je me suis moi aussi, sans vraiment m’en rendre compte, hissée au niveau international. Plus tard, j’ai couru face à des étrangères ; et là aussi, j’ai progressivement voulu être la meilleure.
Être la meilleure – c’est ça qui t’a poussé ?
Au début, il y avait très clairement le plaisir de courir. J’aimais ça, tout simplement. Ensuite, il y a évidemment le fait que je sois rapidement devenue meilleure. Il a vite été question de performance. J’ai tôt fait de remarquer que je progressais. Avant, j’étais plutôt insignifiante, je ne faisais rien particulièrement bien, n’avais pas vraiment confiance en moi ou en tout cas pas de raison d’avoir une grande confiance. Le sport m’a vite montré que j’étais quelqu’un, que les gens me considéraient. C’était là sûrement aussi un stimulant. Mais le plus beau, ce qui m’a poussé le plus, c’est la sensation d’arriver en sortie de virage, dans la dernière ligne droite, et de sentir pouvoir gagner la course… Peu de personnes peuvent comprendre ça, mais cette sensation est juste indescriptible – et en même temps tout à fait primitive, mais c’est tellement beau de passer la ligne d’arrivée en tête !
De telles émotions, on ne les vit que dans le sport d’élite. Qu’est-ce que ton parcours t’a appris ?
Les choses continuent toujours, quel que soit le point où tu en es. C’est là quelque chose que j’ai appris pour ma « vraie vie ». Des fois, quand le sort te frappe, tu ne vois pas comment t’en sortir, mais ça continue. Aujourd’hui, ça ne va pas, mais demain et après-demain, ça ira de nouveau mieux. Accroche-toi et aies confiance que ça va bien finir – si tu le veux. Cette attitude positive de base, je l’ai apprise dans et par le sport. Mais il faut aussi faire quelque chose pour qu’il en soit ainsi.
Dans quelle mesure as-tu été marquée par l’athlétisme ?
L’athlétisme est toujours très présent aujourd’hui. Je ne suis plus athlète, mais entraîneur. L’athlétisme a fait de moi la personne que je suis aujourd’hui. Tous les gens que j’ai rencontrés, tous les buts que je me suis fixés, que j’ai atteint ou pas, tout mon chemin de vie a été très marqué par l’athlétisme. Raison pour laquelle je dis sans peine que sans athlétisme, je serais sans doute devenue quelqu’un de tout à fait différent.
Etait-ce là aussi une raison pour laquelle tu es devenue entraîneur après ta carrière ?
Non, ça, c’est dû au hasard – comme déjà mes débuts comme athlète. Je n’ai en fait jamais voulu devenir entraîneur. Si l’athlète est sur le devant de la scène, l’entraîneur est quelque part à l’arrière-fond. Je n’ai jamais souhaité ça. Mais il y a eu un vide, au STB, en 1996, et on m’a demandé si je voulais « de façon transitoire » remplir ce vide… Ce que j’ai fait. Après trois mois, j’ai remarqué que j’aimais ça. C’était une manière de rester dans le coup. En même temps, le fait que je sois devenue entraîneur m’a complètement changée : au début, il n’y avait que la performance qui comptait pour moi. J’étais aussi très dure en tant qu’entraîneur. Aujourd’hui, je vois mon travail beaucoup plus dans un ensemble. Je me considère comme une accompagnatrice. Je vois ce que les athlètes emportent sur leur chemin. Bien sûr que la performance reste prioritaire, mais le chemin est bien plus important que la médaille à la fin.
Qu’est-ce que tu donnes à tes athlètes pour leur parcours de vie ?
Le plaisir de faire du sport. Le fait de se concentrer sur des buts, d’apprendre à gérer des défaites, de penser de manière positive, de reconnaître et accepter ses faiblesses : la ténacité, les belles expériences, avant tout au sein du groupe. Mes athlètes sont bien sûr tous des athlètes individuels, mais ce qu’ils vivent dans le groupe les aide aussi pour plus tard, dans leur vie. Les nombreuses années d’entraînement commun, pour réaliser leurs buts, sont très importantes. Atteindre quelque chose ensemble, comme équipe, est quelque chose d’extrêmement précieux.
Rétrospectivement, que ferais-tu autrement en tant qu’athlète ?
Diverses choses, mais une des choses que j’ai apprises avant tout est qu’on n’a pas le droit de commencer à se crisper et trop en vouloir. On doit viser en toute conséquence un but, tout faire pour l’atteindre, mais le plaisir doit toujours rester aux avant-postes. Il ne faut pas que ça devienne un acharnement. Comme après ma suspension, où j’ai eu l’impression qu’il fallait absolument que je prouve aux gens que j’étais innocente en réussissant tout de suite de nouveau des résultats de très haut niveau. Tout à coup, il y a eu une véritable lutte en moi. Mais ça ne doit pas se transformer en lutte. Gagner un 1500 m doit rester un jeu. Si je gagne, je me réjouis. Si je perds, ça ne veut pas dire que c’est un terrible échec. Les choses continuent, j’ai une nouvelle course, une nouvelle chance. A l’époque, je n’avais pas cette optique.
*Le « cas Gasser » est jusqu’à aujourd’hui une « grande énigme dans le sport suisse » (NZZ). Les échantillons A et B de la médaillée de bronze des CM de Rome sur 1500 m n’étaient pas identiques – le profil des hormones stéroïdes étaient différents – et indiquaient la présence d’urine étrangère (d’origine animale). Le laboratoire romain a par la suite perdu son accréditation du CIO – et Sandra Gasser son record suisse (3’59″06 minutes) et podium, mais pas sa médaille de bronze. Contrairement au sauteur en longueur italien Giovanni Evangelisti, dont le dernier saut avait été mal mesuré par le jury italien du concours (8,38 m au lieu de 7,80 m au maximum), qui a initialement été classé troisième et non quatrième…
Sandra Gasser s’est jadis considérée comme « bouc émissaire » du président de l’IAAF et de la FIDAL Primo Nebiolo (ITA). Elle clame aujourd’hui encore son innocence. Matthias Kamber, ancien directeur d’Antidoping Suisse, se prononce comme suit : « Avec une telle faute de laboratoire, l’athlète aurait de nos jours sans doute gain de cause. » Seule athlète médaillée mondiale convaincue de dopage en 1987, Gasser a écopé d’une suspension de deux ans. Pour revenir à la compétition le 8 septembre 1989 et débuter une deuxième carrière. Elle s’est ensuite retirée du sport de performance en 1997 avant de se former comme entraîneur de club et de fédération.

Que ce soit sans ou avec une médaille internationale : Dans les années 1980, Cornelia Bürki (LC Rapperswil Jona) et Sandra Gasser (STB) ont été les premières Suissesses à passer sous les barrières mythiques de 4’00 et 2’00 minutes respectivement sur 1500 m et 800 m.
CM 1987 dans le Stade olympique à Rome. Alors que Délèze manque d’un rien de grimper sur le podium du 5000 m, son pendant féminin Cornelia Bürki reste à un centième de la médaille sur 3000 m (cela même si, sur le film d’arrivée, sa poitrine apparaît devant celle de son adversaire). Dans un premier temps, la déception est grande, mais la 5e des JO de 1984 (3000 m) n’a pas beaucoup de temps pour regretter sa médaille manquée.
Cinq jours après le 3000 m, l’athlète du LC Rapperswil-Jona remet ça et termine 4e du 1500 m. Avec un gros chrono à la clé : en 3’59″90, la grande battante de petite taille (1,60 m) descend pour la seule fois de sa carrière sous les 4 minutes. Attention : dans la même course, une autre Suissesse est encore plus rapide en la personne de Sandra Gasser. La médaillée de bronze des CE en salle 1984 était en train de vivre sa meilleure saison et venait de faire sa meilleure course avant d’être disqualifiée. Contrôle antidopage positif, rempli de mystères : les échantillons A et B sortis du laboratoire romain ne sont pas identiques.
Course au record sur les distances inférieures
Aux Championnats d’Europe en salle 1987 à Liévin, contrairement à son collègue de club du STB Werner Günthör – battu comme aux CM indoor par l’Allemand de l’Est Ulf Timmermann –, Gasser gagne face à toutes les « amateures d’Etat » sur 1500 m. La Suisse décroche ainsi son premier titre européen en salle depuis Meta Antenen en 1974 !
La course aux records de Gasser est alors lancée : bien que le 800 m ne soit pas sa discipline de prédilection, la Bernoise devient, à Fürth, en Allemagne, la première Suissesse à descendre sous les 2 minutes. Aux Championnats suisses à Berne, elle court toute seule en 1’59″49, avant d’aller plus vite encore à l’ISTAF de Berlin peut après, en 1’58″90. Un chrono que Selina Büchel, elle aussi championne d’Europe en salle, ne va battre qu’en 2015.
Victoires suisses à Zurich…
Sur sa distance de prédilection, le 1500 m, Sandra Gasser triomphe aussi lors de la plus grande réunion internationale en Suisse – au Weltklasse Zürich 1987, soutenu par UBS en tant que partenaire principal depuis 1981.
Les victoires helvétiques sont rares dans le Letzigrund. La dernière en date qui avait enthousiasmé les spectateurs suisses en 1977, également sur 1500 m, avait été décrochée par Cornelia Bürki. Le talent tardif né en 1953 en Afrique du Sud a participé comme Délèze à 15 reprises au meeting zurichois et s’est laissé porter en 1985 par la foule au record suisse du mile.
…et à Lausanne
Cornelia Bürki n’est pas en reste à Athletissima Lausanne, qui se déroule pour la première fois en 1977 sur le Stade Pierre-de-Coubertin. Lors de la deuxième édition en 1978, l’athlète suisse de l’année gagne dans le temps record de 4’07″71. En 1985, loirs de la dernière à « Vidy », elle fait de même en s’approchant de la marque magique des 4 minutes (4’03″78). Dès 1986, le Meeting international de Lausanne a lieu sur le Stade olympique de la Pontaise.
Cornelia Bürki laisse aussi des traces hors stade : au niveau international avec deux 5e places aux CM de cross ; au niveau national avec une victoire à Morat-Fribourg en 1981. La maman de deux enfants gagne cinq fois le Basler Stadtlauf, six fois le Luzerner Stadtlauf, deux fois le Zürcher Silvesterlauf et le Frauenlauf à Berne.
La porte-drapeau helvétique des Jeux olympiques 1988 à Séoul se retire de la compétition en 1989, après 47 titres de championne suisse et 26 records nationaux, pour s’occuper de sa fille sévèrement handicapée.
Médaille de bronze mondiale
La même année, Sandra Gasser revient sur la piste – et fait à nouveau parler la poudre. Lors de sa première course après deux ans de suspension, la Bernoise court d’emblée sous les 2 minutes sur 800 m (1’59″35). Quatre jours plus tard, elle établit à Jerez en Espagne l’actuel record suisse du 1000 m à 2’31″51, à 74 centièmes du record du monde de jadis.
Sur 1500 m, la championne d’Europe en salle de 1987 et médaillée de bronze aux CE en salle de 1984 récolte encore trois autres médailles internationales : l’argent et le bronze aux CE indoor et outdoor 1990 ainsi que le bronze aux CM en salle à Toronto, qu’elle décroche in extremis, en se jetant sur la ligne avant de finir sur le sol. Notons que sa médaille de bronze des CM de Rome 1987, la Swiss Athletics History Maker et actuelle entraîneur au STB a pu la garder elle aussi…

Dans les années 1980, c’est le médaillé olympique Markus Ryffel (5000 m) qui donne le ton sur les longues distances en Suisse. Côté demi-fond, ses adversaires Pierre Délèze (CA Sion/LC Zürich) et Peter Wirz (STB/LCZ) se hissent eux aussi au meilleur niveau mondial.
Jeune médaillé de bronze aux CE juniors 1977 et d’argent aux Universiades 1979 sur 1500 m, Pierre Délèze (CA Sion) ne tremble pas face aux grands noms aux Championnats d’Europe en salle 1980 à Sindelfingen. En 3’38″9, le Valaisan de 21 ans pulvérise le record suisse établi la veille et termine troisième derrière le champion d’Europe allemand Thomas Wessinghage : la seule médaille internationale élite pour Délèze.
En été 1980, le protégé de Jean-François Pahud court plus vite encore au Weltklasse Zürich. En 3’33″8, l’étudiant en histoire abaisse de près de 3 secondes son record pour finir 4e d’un peloton de haut rang international. En 1983, il se classe 6e des CM et deuxième à Zurich, avec un premier chrono sous les 3’33. Le grand moment de Délèze dans le légendaire Stade du Letzigrund a toutefois lieu deux ans plus tard.
Victoire face au champion olympique
En tout, Délèze a participé à 15 Weltklasse Zürich, avec trois records suisses, deux deuxièmes places et une victoire à la clé. En 1985, dans une course déchaînée, il termine tout devant, en 3’31″75 : chrono exceptionnel, qui est aujourd’hui encore synonyme de record suisse. Tout ça devant la grande star du demi-fond mondial de l’époque Sebastian Coe, champion olympique 1980 et 1984 sur 1500 m, vice-champion olympique 1980 et 1984 sur 800 m et auteur de neuf records du monde entre 1979 et 1984 et cinq victoires dans le Letzigrund. « Finir deuxième en 3’32″13 n’est pas une honte », avait soufflé l’actuel président de World Athletics après la course. Pour Pierre Délèze, c’était le grand moment de sa carrière.
En grands championnats internationaux, le Valaisan qui a scalpé Coe à Zurich était moins chanceux : aux JO de Moscou 1980, il est éliminé dès les séries du 1500 m. Quatre années plus tard, à Los Angeles, il est touché sur la fin par le détenteur du record du monde britannique Steve Ovett et se retrouve cloué au tapis alors que la qualification semblait déjà assurée. Déveine qui a lui a valu le titre de « malchanceux de l’année » de la part des auditeurs de DRS.
Peter et non Pierre en finale olympique
Délèze éliminé, Peter Wirz saute dans la brèche. Après avoir, au printemps 1984, décroché le titre européen en salle sur 1500 m, le Brienzois du STB bat son record en demi-finale (3’35″83) et termine 6e de la finale ; cela en dépit d’un os cassé dans le pied.
Le protégé de Hans Sommer, Heinz Schild et plus tard Peter Coe est depuis 1981 – première opération du tendon d’Achille à 21 ans – toujours de nouveau freiné par des blessures. Pourquoi cela ? Sa « tête dure » à l’entraînement et les courtes périodes de récupération en tant que planificateur d’opérations en sont les causes principales. Autre raison : son style de course attaque avec l’avant du pied qui ont fait choisir au triple champion suisse du 800 m et du 1500 m des pointes de sprint même sur le demi-fond long.
Après une rupture partielle du tendon d’Achille aux Championnats suisses 1990 à Langenthal, Wirz se retire de la compétition à 30 ans. Pour faire carrière en tant que designer : le demi-fondeur est notamment à l’origine des fameuses boîtes aux lettres jaunes de la Poste suisse.
Médaille mondiale en chocolat
Pierre Délèze en a vu d’autres. Engagé sur 5000 m aux CM de Rome 1987, le jeune « Pierrot » est jusqu’aux derniers mètres en voie de décrocher une médaille derrière le champion olympique Saïd Aouita, avant de terminer en chocolat – comme déjà aux CM juniors de cross 1977. Entre 1977 et 1987, l’actuel prof d’école a établi huit records suisses en plein air du 1000 m au 2000 m ; le dernier sur 2000 m à l’occasion d’Athletissima Lausanne 1987 (4’54″46).

Avec 11 médailles internationales, 19 titres de champion suisse et 20 records, dont un record du monde à Macolin, Werner Günthör (STB/LCZ) est le « Swiss Athletics History Maker » le plus titré. Notre collaborateur d’ATHLE.ch Vintage, Pierre André Bettex, lui a dédié un livre.
Au début des années ’80, un jeune lanceur du TV Uttwil nommé Werner Günthör décide de quitter le Bodensee pour s’entraîner à Macolin, où il est pris en charge par Jean-Pierre Egger. C’est le début d’une fantastique histoire qui va conduire le Thurgovien au firmament du lancer du poids mondial. Face à la concurrence féroce des lanceurs d’Allemagne de l’Est, des États-Unis, d’Union Soviétique ou d’Italie, le Suisse sera pendant dix ans – de 1983 à 1993 – en permanence au cœur d’un âpre combat de titans.
Champion d’Europe indoor et outdoor en 1986
Ses débuts internationaux se déroulent en 1983 lors des championnats du monde à Helsinki où il termine 15ème. Vice-champion d’Europe indoor l’année suivante à Göteborg, le jeune Thurgovien se classe ensuite 5ème des Jeux Olympiques à Los Angeles. Ses performances se situent régulièrement au-delà de la ligne des 21 m en 1985, ce qui lui permet d’être au contact avec les meilleurs.
Mieux, en 1986 il bat tout le gratin aux Européens indoor à Madrid, puis l’été venu il devient champion d’Europe à Stuttgart avec 22,22 m; les Allemands de l’Est Ulf Timmermann et Udo Beyer n’en reviennent toujours pas !
Recordman et champion du monde en 1987
La saison 1987 en salle est incroyable avec un record du monde à Macolin à 22,26 m, puis deux médailles d’argent aux Européens à Liévin et aux Mondiaux à Indianapolis. Le début de l’été est également fantastique avec des records suisses à 22,43 m à Lüdenscheid et à 22,47 m à Helsinki.
Aux championnats du monde de Rome, le recordman du monde Italien Alessandro Andrei est favori; malgré les sifflets des Tifosi, Günthör devient champion du monde !
Médailliste olympique en 1988 et une saison perdue
La machine, parfaitement huilée jusqu’alors, se grippe avec des douleurs récurrentes au dos. Il parvient pourtant à revenir en super forme le 23 août 1988 à Berne où il lance coup sur coup 22,70 m et 22,75 m, soit la 3ème performance mondiale de tous les temps.
Aux Jeux Olympiques à Séoul, il décroche une belle médaille de bronze derrière Ulf Timmermann et Randy Barnes. La saison 1989 le voit encore lancer un excellent 22,18 m à Berne et remporter la 2ème place de la Coupe du monde à Barcelone.
En mars 1990, c’est la tuile : il doit se faire opérer du dos et sa saison est compromise. Dans le même temps, il est pris dans une tourmente médiatique orchestrée par le journal Der Spiegel.
Champion du monde indoor et outdoor en 1991
Il répond de la meilleure des façons lors de son retour en 1991 avec des victoires aux Mondiaux indoor à Séville et en plein air à Tokyo. Alors que tout indique qu’un titre olympique lui soit promis, Werner Günthör doit subir les nouvelles foudres du Spiegel. Déstabilisé, le colosse Thurgovien se rate à Barcelone en n’obtenant que la quatrième place.
Retraite autant que triple champion du monde en 1993
Il réalise une ultime saison en 1993, ce qui lui permet de décrocher à Stuttgart son 3ème titre mondial. Werner Günthör, affectueusement surnommé « Kugel Werni » en Suisse Alémanique, restera à jamais l’un des sportifs suisses les plus connus et les plus titrés.
La troisième décennie (1991-2000)

Si la décennie des années ’80 peut facilement être considérée comme étant l’âge d’or de l’athlétisme suisse, les années ’90 vont elles aussi engendrer de très gros exploits sur le plan international. En début de décennie, les stars que sont Werner Günthör, Anita Protti, Sandra Gasser et Julie Baumann sont à l’honneur. La relève est ensuite assurée grâce à l’éclosion de Mathias Rusterholz, Daria Nauer, Anita Weyermann, Franziska Rochat-Moser, Marcel Schelbert et André Bucher. Voici un résumé des principaux événements de l’athlétisme suisse au cours des saisons 1991 à 2000.
Highlights 1991
Werner Günthör (ST Bern) et Anita Protti (Lausanne-Sports) perpétuent la tradition lors des championnats du monde en salle à Séville. Le Bernois, absent en compétition depuis septembre 1989, est de retour au top niveau en remportant le titre mondial indoor du lancer du poids avec 21,17 m, tandis que la Lausannoise s’empare du bronze sur 400 m avec un puissant 51″41. Le même week-end à Los Angeles, Hansjörg Brücker (LC Stein Baden) améliore de deux secondes le record suisse du marathon en 2:11’10. En été, Markus Trinkler (Hochwacht Zug) bat le record national du 800 m lors du Weltklasse à Zurich avec un excellent 1’45″24, tandis que l’ex-Canadienne Julie Baumann-Rocheleau (LC Zürich) améliore à quatre reprises celui du 100 m haies en le faisant passer de 13″07 à 12″76. Aux championnats du monde à Tokyo, Werner Günthör (LC Zürich) parvient à conserver son titre mondial acquis sous les sifflets de Rome en 1987, avec un jet à 21,67 m. Sur 400 m haies, Anita Protti est au sommet de son art en terminant sixième avec un magnifique record suisse à 54″25. Les deux stars de l’athlétisme suisse remportent logiquement le titre de sportif suisse de l’année.
Highlights 1992
Lors des compétitions en salle, Martha Grossenbacher (TV Unterstrass) est plus rapide que jamais avec des records suisses sur 50 m en 6″32 et sur 60 m en 7″27. Julie Baumann brille également sur 60 m haies en 7″95, mais elle manque sa finale aux championnats d’Europe indoor à Gênes. Au printemps, Franziska Moser court à Paris le marathon en 2:33’09 et bat de 16 secondes le record national de Gaby Andersen-Schiess. Sur la piste, le duo zurichois du Diners Track Club, Stefan Burkart et David Dollé, règne sur le sprint helvétique. Le maître montre la voie avec un record suisse en 10″32 à Lausanne, mais l’élève réplique avec deux fois 10″30 à La Chaux-de-Fonds et à Meilen. Parmi les seize athlètes sélectionnés pour les Jeux Olympiques de Barcelone, seul Werner Günthör peut prétendre à jouer les premiers rôles en Catalogne. Alors que tout indique qu’un titre olympique lui soit promis, Werner doit subir, comme deux ans auparavant, les foudres du journal « Der Spiegel ». Déstabilisé, le colosse Thurgovien se rate en finale du lancer du poids et n’obtient que la quatrième place avec 20,91 m.
Highlights 1993
La délégation helvétique présente aux championnats du monde indoor à Toronto peut fêter deux nouveaux podiums avec le magnifique titre mondial de Julie Baumann sur 60 m haies en 7″96, ainsi que le bronze remporté de manière épique par Sandra Gasser (ST Bern) sur 1500 m (une chute avant l’arrivée et un mouvement à la désespérée en direction de la ligne pour sauver sa médaille). Les championnats suisse de relais à Lausanne proposent un duel passionnant entre le LC Zürich et le Stade Genève, ce qui débouche sur un record suisse des clubs assez impressionnant pour le LCZ en 39″32. Figure de proue de cette équipe, David Dollé abaisse ensuite à Meilen ses chronos avec 10″25 sur 100 m et 20″43 sur 200 m. Aux championnats du monde à Stuttgart, le relais 4 x 400 m féminin (Helen Burkart / Regula Zürcher / Marquita Brillante / Katrin Lüthi) court en finale le superbe chrono de 3’28″52. Quant à Werner Günthör, il termine sa carrière en assumant à merveille son rôle de favori du lancer du poids; il décroche un troisième titre mondial consécutif avec un jet à 21,97 m. Affectueusement surnommé «Kugel Werni» en Suisse Alémanique, Werner Günthör restera à jamais l’un des sportifs suisses les plus connus et les plus titrés.
Highlights 1994
La saison débute sur la route en avril à Milan avec le joli record suisse de Hansjörg Brücker sur le semi-marathon en 1:03’31. En septembre à Oslo, Arnold Mächler (TV Wägital) parvient à l’abaisser d’une petite seconde. Toujours dans les courses de fond, Daria Nauer (TV Länggasse) brille d’abord sur 10 km à Vancouver en 32’55, puis elle se lâche sur la piste avec un record suisse du 5000 m à Berlin en 15’13″93. Elle connaît la plénitude de sa forme lors des championnats d’Europe à Helsinki, où elle réalise un 10 000 m de feu qui lui permet de décrocher la médaille de bronze en 31’35″96. Toujours à Helsinki, Mathias Rusterholz (TV Herisau) gère parfaitement ses courses de 400 m et obtient lui aussi une belle médaille de bronze en 45″96. En fin de saison, Franziska Moser court le semi-marathon à Uster en 1:11’38, puis elle pulvérise le record suisse du marathon qu’Elisabeth Krieg (TV Länggasse) lui avait ravi pour huit secondes en mai dernier à Hanovre. En courant à Francfort en 2:27’44, Franziska s’affirme parmi les meilleures coureuses mondiales sur cette distance mythique.
Highlights 1995
Les sprinters sont à l’honneur en cette moitié de décennie. Sur 100 m, David Dollé déboule à toute allure sur la piste de Jona en 10″22, puis il scelle de manière durable le record suisse de la ligne droite à La Chaux-de-Fonds en 10″16. Ce jour-là au stade de la Charrière, de nombreux sprinters helvétiques ont également battu leurs meilleures performances; parmi eux, Kevin Widmer (Stade Genève) qui réussit 10″24 sur 100 m et surtout un nouveau record suisse du 200 m en 20″41. Sur le tour de piste, Mathias Rusterholz est de plus en plus fort puisqu’il détrône à Bellinzone le Lucernois du LCZ Marcel Arnold pour deux centièmes en 45″24. L’Appenzellois est également la tête de gondole du relais 4 x 400 m lors des championnats du monde à Göteborg. Avec ses compères Laurent Clerc (Stade Genève), Kevin Widmer et Alain Rohr (TV Länggasse), il signe un prometteur record suisse en 3’03″91. Chez les femmes, Julie Baumann se classe brillante cinquième du 100 m haies des Mondiaux de Göteborg en 12″95, tandis que Sieglinde Cadusch (TV Unterstrass) signe à Marietta une performance admirable au saut en hauteur avec un impressionnant record suisse à 1,95 m.
Highlights 1996
En cette année du centenaire olympique, un homme crève l’écran : Mathias Rusterholz. Il atteint son top niveau lors d’Athletissima à Lausanne en abaissant le record suisse du 400 m juste sous les 45 secondes avec un magnifique 44″99. Aux Jeux Olympiques à Atlanta, avec la même équipe qu’à Göteborg, le relais 4 x 400 m continue sa progression en réalisant un chrono de 3’03″05. En Géorgie, Julie Baumann est encore à la tête de l’équipe nationale, mais ses 12″86 sur 100 m haies ne suffisent juste pas pour entrer en finale. Finalement ce sont les jeunes qui montrent de belles promesses avec André Bucher (LR Beromünster / 20 ans) en 1’46″41 sur 800 m et surtout Anita Weyermann (GG Bern / 19 ans), qui après avoir couru à Rome le 5000 m en 14’59″28, est la seule à atteindre la finale à Atlanta avec une quatorzième place en 15’19″91. En fin de saison sur la route, Stéphane Schweickhardt (CABV Martigny) améliore à Palma de Majorque le record suisse du semi-marathon de 41 secondes en 1:02’49, tandis que sa camarade cantonale Ursula Jeitziner (TV Naters) pulvérise de plus d’une minute le record national de Moser, en courant le semi-marathon de Breda en 1:10’31.
Highlights 1997
Les championnats du monde à Athènes représentent le principal objectif des athlètes suisses, mais seulement six d’entre-eux parviennent à s’y qualifier. C’est une nouvelle fois Anita Weyermann qui tient la vedette en courant sans complexe face à l’élite mondiale du 1500 m. L’insouciance de sa jeunesse, lié à un culot rarement vu en course, lui permet de remporter, à 20 ans, une médaille de bronze mondiale en 4’04″70. Également finaliste à Athènes, Franziska Rochat-Moser termine huitième du marathon. Dans les compétitions qui suivent, Anita Weyermann améliore d’une seconde le record suisse du 3000 m de Cornelia Bürki lors de Weltklasse à Zürich en 8’37″69. L’autre belle surprise du jour, c’est le record suisse du 400 m haies de Marcel Schelbert (LC Zürich) en 49″38, une performance qu’il améliore quinze jours plus tard à Catane en 49″33. En fin de saison sur la route, Stéphane Schweickhardt réussit un détonant 1:01’26 au semi-marathon de Kosice. Mais la plus grosse sensation de l’automne est réussie par Franziska Rochat-Moser avec une magnifique victoire au marathon de New York en 2:28’43.
Highlights 1998
Même si l’athlétisme suisse ne brille plus trop lors des compétitions internationales en salle, quelques records nationaux de belle facture sont battus, comme les 20″99 de Kevin Widmer sur 200 m, les 7″69 de Raphaël Monachon (CA Courtelary) sur 60 m haies, ainsi que les 22″96 de Mireille Donders (TV Länggasse) lors des Européens indoor à Valence. En été, ce sont les championnats d’Europe de Budapest qui stigmatisent l’attention. Sur 800 m, André Bucher affirme pleinement son talent en décrochant une admirable médaille d’argent en 1’45″04. Anita Weyermann confirme qu’elle fait partie des meilleures en terminant troisième du 1500 m, alors que le relais 4 x 400 m est plus fort que jamais avec une cinquième place dans le temps record de 3’02″91. Lors des championnats suisses à Frauenfeld, Raphaël Monachon améliore de six centièmes le record suisse du 110 m haies en 13″68. Enfin dans les meetings internationaux, André Bucher signe à Zurich un superbe record suisse du 800 m en 1’44″96, tandis qu’Anita Weyermann en réussit deux : à Bellinzone avec le record national du mile en 4’23″92, puis à Monaco avec celui du 1500 m dans le chrono monstrueux de 3’58″20.
Highlights 1999
Sur leur belle lancée des trois dernières saisons, Anita Weyermann et André Bucher continuent à affoler les statistiques. En hiver, la Bernoise devient championne d’Europe de cross à Velenje, puis elle améliore de près de deux secondes son record national du 3000 m à Rome en 8’35″83. Elle enchaîne avec 4’24″32 sur le mile à Nice et avec 3’59″82 sur 1500 m à Zurich. Le Lucernois est lui aussi inarrêtable avec d’abord un 1000 m record à Langenthal en 2’15″66, puis deux performances de top niveau sur 800 m : un superbe 1’44″27 à Oslo et un fabuleux 1’42″92 à Bruxelles. Ce duo est rejoint dans l’excellence par Marcel Schelbert. Le Zurichois entame à Palma de Majorque une progression ahurissante sur 400 m haies avec 48″89 et 48″77, puis il brille lors de Weltklasse à Zurich en 48″52. En fait, on n’a encore rien vu car en finale des championnats du monde à Séville, Schelbert réalise une dernière ligne droite d’anthologie qui lui permet d’arracher la médaille de bronze en 48″13 ! Il met également sa classe au service du relais 4 x 400 m, ce qui se traduit par un nouveau record suisse en 3’02″46. D’autres performances méritent une mention : les 6″60 du Genevois Cédric Grand sur 60 m indoor, les 3’35″87 de Peter Philipp (BTV Chur) sur 1500 m et les 13″61 d’Ivan Bitzi (LV Horw) sur 110 m haies. Enfin sur la route, Franziska Rochat-Moser court le marathon de Boston en 2:25’51; hélas ce chrono de choix n’est pas homologué à cause du dénivelé trop important du parcours.
Highlights 2000
La saison du Millenium débute par le bel exploit d’Alain Rohr sur 400 m en salle avec le fantastique chrono de 45″92. En cette année olympique, tous les espoirs de médaille reposent sur les épaules d’André Bucher. Auteur de 1’14″96 sur 600 m, 1’43″12 sur 800 m et 2’15″73 sur 1000 m, le Lucernois est fin prêt pour concrétiser son objectif. À Sydney, il ne reste que 200 mètres de course dans le 800 m olympique et tout se déroule parfaitement; c’était hélas sans compter sur un coup de coude mesquin soudainement asséné par l’Italien Andrea Longo, ce qui a pour action d’éjecter le Suisse de la piste ! Bucher a bien tenté de revenir dans la dernière ligne droite, mais en vain : il termine extrêmement déçu au cinquième rang, à 32 centièmes du titre olympique. Son élection de sportif suisse de l’année ne parvient évidemment pas à effacer ce geste peu fair-play. En grande progression cette année avec ses 4’05″14 lors de Weltklasse à Zurich, Sabine Fischer (LC Rapperswil-Jona) termine brillante neuvième du 1500 m olympique. En Suisse, les hurdlers helvétiques ont le vent en poupe avec deux nouveaux records suisses : celui de Paolo Della Santa (SFG Bellinzona) en 13″55 à Zofingue et celui de Raphaël Monachon en 13″48 à Fribourg.

En 1997, exactement une décennie après Cornelia Bürki (LC Rapperswil-Jona) et Sandra Gasser (STB), une nouvelle Suissesse se trouve en finale mondiale sur 1500 m : la Bernoise de 19 ans Anita Weyermann (GGB). La jeune pousse n’y conquiert pas seulement la première médaille mondiale helvétique, mais encore le cœur des fans.
Anita Weyermann a vécu sa première en grands championnats déjà aux Jeux olympiques de 1996 à Atlanta. La détentrice du record suisse se hisse en finale du premier 5000 m féminin organisé à ce niveau. Aux Championnats du monde 1997 à Athènes, berceau des Jeux olympiques, l’ambitieuse Bernoise ne veut toutefois plus finir 14e. Là où il y a une volonté, il y a un chemin. Chemin que la petite pousse de course à pied (1,62 m pour 50 kg) se fraie avec la tête, les jambes, les bras et le cœur dans le peloton des meilleures mondiales sur 1500 m. Pour littéralement s’arracher la médaille de bronze.
Bon mot légendaire
Anita Weyermann comme elle est et comme elle vit. Un caractère de battante, qui donne toujours tout ce qu’elle a et qui – si nécessaire – impose aussi sa volonté de manière très peu helvétique. La première médaillée mondiale suisse ne devient toutefois pas une figure culte par son « mouvement de brasse » effectué pour passer ses adversaires dans la chaleur grecque, mais par son interview légendaire juste après sa qualification en séries : « En demi-finale, il n’y a rien à faire, la seule chose qui compte c’est baisser la tête et se les secouer ! Après, j’espère que ça va suffire. »
« Baisser la tête et se les secouer ! » (Gring abe u seckle!) : C’est avec ce bon mot qu’Anita Weyermann a conquis le cœur des fans. Sa manière directe et insouciante fait de la jeune Bernoise de Gümligen une des grandes chouchous du sport suisse ; figure performante et populaire qui ne mâche pas ses mots et raconte ce qu’elle vit comme ça lui vient.
Après le bronze aux CM, le bronze aux CE
L’année après sa médaille de bronze aux Mondiaux, Anita Weyermann montre aux Joutes continentales que ce n’était pas là qu’un coup de chance. Peu avant la médaille d’argent d’André Bucher sur 800 m, la bachelière passe sa maturité sportive : médaille de bronze européenne derrière la double championne olympique russe Svetlana Masterkova et la championne du monde portugaise Carla Sacramento.
Aussi rafraichissantes ses apparitions, aussi instable et à rebondissement sa carrière. Top ou flop. Médaille ou dernière. Niveau mondial ou blessée. L’impétueuse jeune femme dégage une énergie qui pousse tantôt même ses entraîneurs et coachs de la Gymnastischen Gesellschaft Bern (GGB) et de Swiss Athletics au désespoir.
Toujours quadruple détentrice de records suisses
Son père Fritz Weyermann est le seul à réussir un tant soit peu à apprivoiser, ou du moins à canaliser l’insatiable envie de bouger de la jeune fille. Sont à compter parmi les highlights de Weyermann : ses quatre records suisses aujourd’hui encore valables sur 1500 m (3’58″20), le mile (4’23″92), le 3000 m (8’35″83) et le 5000 m (14’59″28), tous établis entre 1996 et 1999.
Sa prestation au Weltklasse Zürich 1999 reste inoubliable : l’ancienne participante au préprogramme y est restée pour la deuxième fois de sa carrière sous la marque magique des quatre minutes et a fait avec sa deuxième place se lever tout le public du stade archiplein du Letzigrund. Le talent multiple a laissé des traces sur bon nombre de terrains. Jusqu’à son premier titre mondial U20 en 1994, la future Sportive suisse de l’année 1999 participait encore à des courses de skis FIS.
Première championne d’Europe de cross
Quatre jours après son 22e anniversaire, la double championne du monde juniors du 1500 m et du 3000 m se trouve également pour la première fois sur la plus haute marche d’un podium international en cross.
Avec sa 4e place lors de sa première en cross court à Marrakech en 1998, Anita Weyermann avait réalisé le meilleur résultat suisse de tous les temps en cross. En Slovénie, la « Swiss Athletics History Maker » est la première Suissesse sacrée championne d’Europe de cross. Discipline où Weyermann a d’ailleurs décroché son premier titre national en 1995, devant nulle autre que Daria Nauer (TV Länggasse).
De Daria Nauer…
La spécialiste de longues distances Daria Nauer, entraînée par Beat Aeschbacher puis Fritz Schmocker, a vécu son plus grand moment en 1994 aux Championnats d’Europe à Helsinki. Engagée comme outsider sur le 10’000 m, elle a décroché la médaille de bronze derrière la championne olympique Fernanda Ribeiro et la championne du monde de semi-marathon Conceição Ferreira dans le temps de 31’35″96, aujourd’hui encore synonyme de record suisse.
… à Nicola Spirig
Intéressant : la médaille d’argent des CE de cross U20 est revenue en 1999 à Nicola Spirig (LC Zürich). La future championne olympique de triathlon a dans sa catégorie remporté avant le tournant du millénaire le titre mondial en duathlon, l’argent mondial en triathlon et les deux titres européens dans les deux disciplines. Il était d’ores et déjà clair pour la Zurichoise de Winkel que son avenir était dans le triathlon olympique. Après Athènes 2004, Pékin 2008, Londres 2012 et Rio 2016, la maman de trois enfants participe cette année à Tokyo à ses 5e joutes symbolisées par les 5 anneaux.
Début de la fin
Pour Anita Weyermann, le titre de championne d’Europe de cross est d’autant plus beau qu’elle a auparavant une nouvelle fois été freinée par des blessures et des maladies. Aux Mondiaux à Séville, elle a également dû se contenter de la dernière place de la finale en raison d’une cheville foulée en demi-finale ; deux semaines avant les CE de cross, elle a en outre subi une intoxication alimentaire.
Le corps de Weyermann exige toujours et encore son tribut. Son dernier exploit international, elle le réalise au Weltklasse Zürich 2000, après une fracture ouverte du coude : de pair avec Sabine Fischer (LC Rapperswil-Jona), elle se qualifie pour les Jeux olympiques de Sydney, endroit où elle a, en 1996, été sacrée championne du monde U20 du 3000 m avant de terminer 7e du 1500 m avec une seule chaussure à l’arrivée…
En 2001, la patiente permanente devient encore la première détentrice du record suisse du 3000 m steeple féminin. Après une Odyssée de coups d’arrêt en raison de problèmes de santé, elle met un terme à sa brillante carrière au printemps 2008. La passionnée de sports d’endurance ne se prive pas pour autant de prendre part en 2010 avec son futur mari au Marathon de la Jungfrau.
Fidèle à l’athlétisme
Entre-temps devenue mère de quatre enfants, dont des triplés, Anita Weyermann est restée fidèle à la course à pied et à l’athlétisme. Elle donne en effet des entraînements aux enfants, dirige pour Swiss Athletics des cours de course à pied et donne des cours de coach privé. A côté, elle travaille comme rédactrice à Radio BeO. L’ancienne idole des jeunes suit avec grand plaisir à la télévision et sur les stades la génération actuelle d’athlétisme suisse – non sans sourire en entendant l’une ou l’autre réponse embarrassée lors des interviews…

A Athènes, Anita Weyermann (GGB) a écrit une page d’histoire avec son bon mot et sa médaille mondiale. Sur la distance mythique du marathon, une autre Bernoise encline à se faire très mal fait aussi parler d’elle : Franziska Rochat-Moser (STB). En pleine « Weyermania », sa 8e place décrochée de haute lutte entre Marathon et le Stade olympique de 1896 passe pourtant presque inaperçue. Mais pas ce qui a suivi.
Quatre semaines seulement après son diplôme mondial, Rochat-Moser termine le Marathon de la Jungfrau plus vite que nulle autre femme avant elle. L’athlète du STB née dans l’Oberaargau termine les 42,195 km pour 1829 mètres de dénivelé entre Interlaken et la Kleine Scheidegg en 3h22’49.
Deux semaines plus tard, Rochat-Moser montre qu’elle ne sait pas seulement courir longtemps en montagne, mais aussi très vite à plat, avec une deuxième place au Greifenseelauf international derrière la détentrice du record du monde du semi-marathon Lornah Kiplagat.
Deux autres semaines plus tard, la Vaudoise d’adoption devient en 58’50 la première femme à descendre sous l’heure à Morat-Fribourg. En meilleure forme automnale que jamais, un très bon résultat semble possible à Big Apple. Et voici qu’elle vit un grand jour, qui va complètement changer la vie de la juriste et l’avocate.
Reine de New York
Franziska Rochat-Moser n’est pas devenue championne du monde à Athènes, mais après avoir gagné le Marathon de la Jungfrau – le plus beau marathon en montagne –, elle remporte aussi le plus prestigieux marathon de ville de la planète : le 28e New York City Marathon.
Un rêve devient à la surprise générale réalité après 2h28’43 à Central Park. Un rêve qu’elle ne saisit pas encore quand elle tombe dans les bras de Richard Umberg.
Le coach de longues distances et préparateur physique, lui-même double détenteur de records suisses et quintuple champion suisse de marathon et finisher de 31 marathons, s’occupe de Franziska Rochat-Moser depuis ses débuts sur la distance mythique. En 1989, l’ancienne membre des cadres suisses de course d’orientation a d’emblée été sacrée championne suisse à Tenero.
« Fränzi » perce au niveau international en 1994 avec sa victoire au Marathon de Francfort. Elle y établit en 2h27’44 un nouveau record suisse, battu seulement en 2015 par sa collègue de club du STB Maja Neuenschwander, puis ce printemps par la néophyte sur la distance Fabienne Schlumpf (TG Hütten). Franziska Rochat-Moser a toutefois été encore plus rapide lors de son 17e et dernier marathon de ville.
Toujours la Suissesse la plus rapide sur les 42,195 km
Après sa première victoire au Grand-Prix de Berne en 55’00 et trois fractures de fatigue, la reine du marathon de New York retrouve, grâce à sa grande détermination, la grande forme en 1998. La détentrice du titre retourne à New York et y termine 5e.
Au printemps 1999, Franziska Rochat-Moser bat « en passant » ses records sur semi-marathon (1h10’54) et 10’000 m (31’56″78), avant de faire montre une dernière fois de sa classe internationale au plus ancien marathon du monde : la grande dame termine son troisième Marathon de Boston en 2h25’51 et pour la première fois sur le podium : après une 4e place en 1995, une 6e en 1996, elle finit 2e cette année-là. Sur le parcours vallonné, désormais non conforme aux records, seule une femme est alors plus rapide : l’Ethiopienne Fatuma Roba, triple vainqueur à Boston et championne olympique en titre.
Entre restaurant étoilé et sport de performance
Le palmarès de la Sportive suisse de l’année 1997 est d’autant plus impressionnant qu’elle travaille depuis son mariage à 200 pourcents avec le cuisinier-star de Suisse romande Philippe Rochat. La journée de travail de la patronne du temple de la gastronomie de Crissier commence à 8h et se termine à minuit. En même temps, elle déroule quelque 150 à 170 km par semaine, la plupart sur tapis roulant dans son jardin pour perdre le moins de temps possible. Une avancée sur la corde raide. Elle qualifie elle-même sa double charge en termes de « bombe à retardement ». La tête en veut toujours plus, mais le corps la fait capituler avant les Jeux olympiques de Sydney.
Rochat-Moser termine sa dernière course sur les 42,195 km à la deuxième place au Marathon de la Jungfrau ; sa toute dernière a lieu au Greifenseelauf 2001, en compagnie de Richard Umberg, Daria Nauer et de la détentrice du record du monde de jadis Tegla Loroupe. La femme d’affaire à succès se réjouit désormais d’avoir plus de temps pour elle, son mari et sa chienne Chica. Elle reprend la présidence du comité d’organisation du Schweizer Frauenlauf et crée une fondation au profit des jeunes talents nationaux de course à pied avec un Match international jeunesse à Uster.
Le dernier sommet
Mais en mars 2002, l’athlète modèle de 36 ans perd de manière abrupte et beaucoup trop tôt la vie. En randonnée de haute montagne à ski au-dessus des Diablerets, Franziska Rochat-Moser sombre dans l’abîme. Elle qui aimait par-dessus tout la montagne et rêvait de grimper sur un 8000 m dans l’Himalaya. Elle qui incarnait véritablement le marathon et a gravi le Mont Everest de la distance à New York.
En 1999, le Swiss Athletics History Maker Marcel Schelbert (LC Zürich) s’est paré de bronze mondial sur 400 m haies avec un temps de 48,13 secondes, record suisse valable aujourd’hui encore. Dans l’interview, le sportif suisse de l’année 1999 raconte qui l’a inspiré, ce qui lui est resté et quelles expériences il transmet à la génération plus jeune.
Marcel Schelbert, de quels moments de ta carrière d’athlétisme te rappelles-tu encore volontiers ?
Il y a beaucoup de passages de la ligne d’arrivée. Le moment où tu la franchis et tu sais que tu as accompli ta performance, est un des plus beaux dans le sport. Après avoir franchi la ligne d’arrivée à Séville (médaille de bronze CM en 1999 – note de la rédaction) a notamment été très intensif pour moi, au moment où seul j’ai réalisé : Tout ce qu’on a investi ces dernières années, a en quelque sorte porté ses fruits.
Et quels sont les moments dont tu aimes moins te rappeler ?
D’une part les entrainements qui ne se sont pas déroulés comme tu te l’étais imaginé. Surtout quand tu ne sais pas, pourquoi. D’autre part en compétition, c’étaient à nouveau les passages de la ligne d’arrivée – cette fois dans la situation inverse –, quand tu as couru deux secondes trop lentement sans savoir pourquoi. Dans de tels moments, tu te mets brièvement à douter. Par chance le lendemain le monde est généralement à nouveau différent le lendemain.
Qui a fait de toi le troisième médaillé suisse CM (après Werner Günthör et Anita Weyermann) ? Ou autrement : Qui ont été tes « Swiss Athletics History Maker-Makers »?
À la fin c’était certainement une grande équipe. La famille qui te soutient, auparavant les parents qui te conduisaient à l’entraînement et venaient de rechercher. Puis naturellement l’entraîneur, probablement la personne avec laquelle tu passes le plus de temps en dehors de la famille et qui te connais le mieux. Et pour terminer aussi les collègues d’entraînement qui te poussent et réciproquement. Ils font tous partie de tes « Makers » – sans compter que tu dois toi-même t’investir.
Comment es-tu arrivé à l’athlétisme ?
J’ai toujours aimé pratiquer du sport et j’ai commencé à la société de gymnastique. Bien qu’au début j’aie joué au football, l’athlétisme me convenait mieux, car j’étais un individualiste. La variété proposée par l’athlétisme m’a toujours plu.
Du début à la fin tu as toujours été avec le même entraîneur (Andreas Hediger) dans le même club (LCZ). Pourquoi ?
Ça a été passionnant de pouvoir se développer ensemble. J’ai grandi, je suis devenu plus rapide et, avec le temps, j’ai commencé à remettre en question certains points de l’entraînement. Andreas a évolué de la même manière en tant qu’entraîneur. Ce tandem s’est avéré très fructueux. Un deuxième avantage est qu’on dépense beaucoup moins d’énergie à discuter, quand on se connaît. Chacun de nous savait exactement où il en était avec l’autre. Depuis le début le Setup au LCZ a été formidable et il n’y avait aucune raison de changer quoi que ce soit, surtout que le succès confirmait chaque année le Setup.
Qui t’a inspiré, ou : avais-tu un modèle ?
Je me suis toujours inspiré de ceux qui étaient plus rapides que moi. Que font-ils bien ? Que font-ils mieux que moi ? Je n’avais pas de modèle personnifié. Il y avait naturellement deux, trois athlètes qui m’ont marqué. Par exemple Colin Jackson, dont j’ai fait la connaissance lors de « La jeunesse s’entraîne avec Weltklasse Zürich ». Une personnalité sympathique, également très performante. On essayait certainement de copier une chose ou l’autre. Comment se présente l’athlète ? Comment aborde-t-il la compétition ? Comment est-il perçu ? À vrai dire c’était généralement la performance qui me motivait et m’impressionnait.
Qu’est-ce qui t’a motivé comme athlète ?
En tant qu’athlète j’étais une personne très rationnelle. La question de l’effort et de la récompense est venue relativement vite chez moi. Mon principal moteur était de courir toujours plus vite. On investit du temps, prend sur soi des privations. Si à la fin la consécration est au rendez-vous – si tu es plus rapide de dix centièmes de secondes ou réalises quelques centimètres de plus –, c’est motivant pour le prochain but. Le 400 m haies a été ma principale discipline. C’est là qu’investissement et récompense étaient les plus grands. Mais en relais et par équipe il y a également eu des défis, dont j’avais besoin pour mon équilibre. L’un était profitable pour l’autre.
Avais-tu un spleen ou des rituels particuliers avant le départ ?
Un spleen, non, mais avant les concours importants je me distrayais souvent avec des « magazines amusants » de Mickey Mouse et Donald Duck. Je ne me motivais pas avec de la musique, avant le départ j’avais plutôt besoin décompresser, de me calmer. Les anciennes performances ou un magnifique stade m’ont souvent inspiré. J’aimais me rendre au stade la veille pour m’imprégner de l’atmosphère.
Quel était ton état d’esprit aux CM à Séville en 1999 ?
Là aussi nous nous sommes rendus au stade la veille de la cérémonie d’ouverture, pour tout visiter. J’ai eu l’impression que c’était un chaudron, presque comme une salle. Alors je me suis dit : S’il est rempli… courir dans ce décor, c’est simplement génial ! Ici pas moyen d’être mauvais, tellement les conditions cadres sont bonnes. Heureusement, j’ai été capable de garder cette attitude positive lors de la compétition et de la traduire en performances.
Quelle a été ta plus grande force en tant qu’athlète ?
Je pense qu’une certaine structure, une (auto-)organisation et, enfin et surtout, une certaine régularité aide à avancer même si une fois les choses ne vont pas très bien. Au niveau mondial, cette attitude ne permet toutefois pas de se distinguer. Ce qui m’a aidé c’est d’être une personne qui faisait confiance à ses capacités. Une personne qui ne perdait pas ses moyens à cause d’un environnement spécial ou d’une nouvelle situation. Les performances passées me donnaient confiance. Douter moins de moi que des autres a peut-être été un privilège.
Y a-t-il quelque chose que tu regrettes après-coup ou que tu ferais autrement ?
Bien sûr je me suis parfois demandé ce qui se serait passé si j’avais continué à pratiquer l’athlétisme cinq années de plus (Marcel Schelbert s’est retiré sur sport de pointe en 2003, à l’âge de 27 ans – note de la rédaction). Je me suis aussi demandé si j’aurais dû investir davantage dans la régénération, pour être moins blessé, ou si j’aurais dû interrompre mes études d’économie pendant une ou deux ans. Avec mes connaissances de l’époque et dans les circonstances données, je pense toutefois avoir pris les bonnes décisions.
Que t’a apportée l’athlétisme ?
Beaucoup de plaisir et trois, quatre collègues qui sont devenus des amis et m’accompagnent dans la vie. L’athlétisme m’a aussi donné une orientation en matière de buts à moyen et long terme, sur lesquels je travaille en permanence. Pour moi ce fut une excellente école de vie, qui me permet peut-être d’être un peu plus détendu aujourd’hui quand quelque chose ne marche pas du premier coup.
Dans quelle mesure es-tu resté lié à l’athlétisme ?
J’ai encore des contacts avec un groupe d’anciens athlètes. Bien que je ne sois plus beaucoup au stade, je continue à suivre l’athlétisme via les résultats. Ce qui se passe m’intéresse – aussi bien en Suisse qu’au niveau international. Par ailleurs ma fille a commencé à pratiquer l’athlétisme. Là on remarque qu’on aimerait bien transmettre ce qu’on aimait bien faire soi-même. Je suis donc toujours un athlète dans l’âme, même si la vie en dehors de la piste a pris d’autres formes.
Quels conseils donnerais-tu à ta fille – et à ton fils ?
Régularité et plaisir. Le plaisir est un don. Si tu l’as, alors il t’aide. Mais il n’est pas toujours présent. Au moment où il disparaît pendant une semaine, la régularité t’aide. L’entraînement est programmé le lundi et le mercredi. Ce rythme il faut simplement le vivre. Le travail continu t’aide à passer le temps jusqu’à ce que le soleil brille à nouveau deux à trois semaines plus tard et que le plaisir revient.
La quatrième décennie (2001 - 2010)

Si les années ’80 et ’90 ont permis de vivre de nombreux moments absolument exceptionnels sur le plan international, l’athlétisme suisse doit marquer le pas au début des années 2000, ceci malgré les prestations Master Class d’André Bucher. Parallèlement aux brillants résultats de Viktor Röthlin et Cie, les dirigeants de la Fédération Suisse d’Athlétisme ont réagi en mettant sur pied des projets jeunesse qui sont censés rehausser à moyen terme son niveau général…
Highlights 2001
Lors des compétitions en salle, André Bucher (LR Beromünster) pulvérise le record suisse du 800 m de deux secondes avec 1’45″36 à Dortmund et 1’45″32 quatre jours plus tard à Stockholm. Le Lucernois remporte ensuite la médaille de bronze du 800 m des Mondiaux indoor à Lisbonne en 1’46″46. Toujours en salle, Peter Philipp (BTV Chur) améliore le record national du 1500 m de Pierre Délèze en 3’38″86, un chrono référence qui tient toujours. En plein air, Christian Belz (STB) surpasse à Hengelo le record suisse du 3000 m steeple de 25 centièmes avec 8’22″24, soit le record actuel. André Bucher débute fort sur 1000 m en 2’15″63, puis il réalise un mois de juillet impressionnant sur 800 m avec trois chronos sous les 1’44 », dont un record suisse à Monaco en 1’42″90. Trois semaines plus tard aux Mondiaux à Edmonton, il devient le patron de la discipline en s’offrant le titre de champion du monde en 1’43″70 ! Il confirme ensuite son statut de N°1 en triomphant à Zurich en 1’42″55 (record suisse actuel), puis en courant en 1’42″75 à Bruxelles. Ses prestations de folie font évidemment de lui le sportif suisse de l’année. Dans les lancers, Samuele Dazio (VIRTUS Locarno) bat à trois reprises le record national du marteau avec finalement 74,02 m à Locarno. Mireille Donders (STB) abaisse son record suisse du 100 m en 11″34, tandis que Sabrina Altermatt (LV Langenthal) remporte à Murcie le 100 m haies du F.O.J.E. en 13″40. Lors du marathon de Berlin, Viktor Röthlin (STV Alpnach) bat de 16 secondes de record suisse en 2:10’54.
Highlights 2002
Sur sa belle lancée, André Bucher illumine les compétitions en salle, notamment avec 1’45″08 sur 800 m à Liévin. Malgré un autre record suisse en 1’44″93 signé durant les championnats d’Europe indoor à Vienne, le Lucernois doit s’avouer vaincu dans la dernière ligne droite par le Polonais Pawel Czapiewski. Trois records suisses indoor de bonne valeur sont encore à mentionner avec ceux d’Ivan Bitzi (LV Horw) sur 50 m haies en 6″58 et du 60 m haies en 7″62, ainsi que l’impressionnant chrono de Martina Feusi (LC Zürich) sur 50 m en 6″26. Moins éclatante qu’en 2001, la saison estivale d’André Bucher est tout de même remarquable avec un meilleur chrono sur 800 m en 1’43″93 à Bruxelles. Il est ensuite le seul Suisse à briller lors des championnats d’Europe à Munich. Mais comme en salle à Vienne, il se fait déborder dans la dernière ligne droite, cette fois-ci par le Danois Wilson Kipketer; cette médaille d’argent est tout de même un magnifique achèvement pour André. Dans les autres disciplines, les lanceurs de marteau font parler d’eux : Patric Suter (Hochwacht Zug) reprend son record suisse avec 74,56 m, tandis que Céline Neuenschwander (CA Vétroz) place la meilleure marque féminine à 56,97 m. Hors stade, Chantal Dallenbach (individuelle) bat les records suisses des 10 km en 32″51 et des 20 km en 1:07″37, alors que Alexis Gex-Fabry (CABV Martigny) devient champion d’Europe de courses de montagne à Camara.
Highlights 2003
Malgré les prestations de grande classe d’André Bucher lors des deux dernières saisons, ainsi que quelques coups d’éclats de-ci de-là, il faut bien avouer que l’athlétisme suisse vit depuis l’an dernier une période assez difficile. Depuis le creux de la vague, il faut toujours saluer les excellents chronos du meilleur coureur de 800 m de notre Histoire, qui réussit 1’44″23 à Bruxelles et 1’44″25 à Paris. Pourtant lors des championnats du monde au stade de France, le Lucernois est éliminé en demi-finales. Finalement c’est au saut en longueur qu’une performance inattendue vient égayer l’athlétisme national avec les fantastiques 8,27 m de Julien Fivaz (SEP Olympic La Chaux-de-Fonds) réussis à Ebensee. Les 80,51 m de Patric Suter (Hochwacht Zug) au marteau sont également d’un niveau très intéressant, alors que Céline Neuenschwander s’approche gentiment de la ligne des 60 mètres avec 59,06 m. Enfin dans les compétitions internationales jeunesse, deux médailles d’argent récompensent Andreas Kundert (LC Brühl) au 110 m haies des championnats d’Europe U20 à Tampere et Benjamin Sunier (Stade Genève) au 100 m des F.O.J.E. à Paris.
Highlights 2004
Toujours au creux de la vague, l’athlétisme suisse n’enregistre que des records nationaux dans de nouvelles disciplines, comme les 3’09″04 du 4×400 m indoor de l’équipe nationale – Alain Rohr (STB), Cédric El-Idrissi (STB), Martin Leiser (BTV Aarau) et Andreas Oggenfuss (LC Brühl) – lors d’une belle quatrième place aux Mondiaux indoor à Budapest, ou chez les femmes avec les 4,30 m de Nadine Rohr (STB) au saut à la perche, les 13,40 m de Barbara Leuthard (TV Ibach) au triple saut et les 49,46 m de Catherine Manigley (BTV Aarau) avec le nouveau javelot. Ce maigre bilan se reflète de manière inéluctable aux Jeux Olympiques d’Athènes où nos neuf athlètes ne franchissent aucun tour ou qualification. Même Viktor Röthlin (STV Alpnach), pourtant excellent au mois d’avril lors du marathon de Zurich qu’il avait bouclé dans le temps record de 2:09’56, a été contraint à abandonner en Grèce. Pour se consoler, on découvre au triple saut un athlète cubain qui aiguise notre curiosité : il s’agit d’Alexander Martínez (LC Zürich), auteur d’un superbe à 17,09 m à Zurich; il se dit qu’il pourrait rapidement être naturalisé suisse… Finalement deux podiums internationaux sont fêtés avec les honneurs qu’ils méritent : la médaille d’argent de Sabrina Altermatt (LV Langenthal) au 100 m haies des championnats du monde U20 à Grosseto et surtout le titre mondial de course en montagne d’Angéline Joly (GS Franches-Montagnes) lors de Sierre-Zinal.
Highlights 2005
Cette saison 2005 est le reflet de la précédente : quelques rares records suisses sont battus et pour vivre de jolis coup d’éclats, il faut aller du côté des courses de montagne ou des compétitions dédiées aux jeunes. Corinne Müller (LC Zürich) réalise une brillante saison en salle, dont le point d’orgue est son record suisse à Macolin avec 1,92 m. En plein air, Christian Belz bat à deux reprises le record suisse du 10 000 m de Markus Ryffel : 27’54″11 en mai à Stanford, puis 27’53″16 en août à Helsinki. Au javelot, Catherine Manigley envoie maintenant son engin à 52,68 m, tandis qu’aux championnats suisses à Berne, on est tout content de voir Pierre Lavanchy (Lausanne-Sports) courir le tour de piste en 45″49. Du côté du triple saut, Alexander Martínez, toujours Cubain, saute un monstrueux 17,51 m lors d’un petit meeting à Berne ! En altitude lors des courses de montagne, deux médailles de bronze récompensent Daniel Bolt (LC Meilen) au cours de son périple de quatre heures aux championnats du monde à Cauterets, ainsi qu’Angéline Joly aux championnats d’Europe à Heiligenblut. Enfin à Lignano, le F.O.J.E. consacre Clélia Reuse (CABV Martigny), brillante vainqueur du 100 m haies et médaille d’argent du saut en longueur.
Highlights 2006
Encore un peu fébrile, l’athlétisme suisse peut tout de même briller grâce à quelques individualités qui parviennent à améliorer leur niveau de manière formidable, à l’instar de Stefan Müller (LV Winterthur). Aux championnats d’Europe à Göteborg, le lanceur de javelot réussit un nouveau record suisse en qualifications avec 80,43 m. Il fait encore mieux en finale avec 80,87 m pour un septième rang, puis il scelle son record lors de la finale CSI à Berne avec 82,07 m. La deuxième bonne surprise de l’année, c’est la naturalisation d’Alexander Martínez. Le néo-Suisse pulvérise d’entrée le record national indoor avec 16,70 m, puis celui en plein air avec 16,99 m à Lausanne. À Göteborg, il parvient à sauter à 17,13 m en qualifications, mais il flanche en finale et se classe neuvième. La troisième satisfaction est à mettre au compte de Christian Belz, qui s’accroche admirablement lors de la finale européenne du 10 000 m; hélas il se retrouve bouté au pied du podium. Enfin place à Viktor Röthlin, alias le maître du marathon helvétique. Dans la foulée de l’Italien Stefano Baldini, l’Obwaldien réalise une magnifique course qui lui permet de remporter la médaille d’argent en 2:11’50.
Highlights 2007
Alexander Martínez et Viktor Röthlin, les deux stars de l’athlétisme suisse, assurent toujours à merveille leur statut. Le premier, également danseur de salsa hors pair, égale à La Chaux-de-Fonds son record suisse du triple saut avec 17,13 m. En confiance, il se qualifie pour la finale des championnats du monde à Osaka et termine huitième avec 16,85 m. Quant à Viktor Röthlin, il enchante le public lors de sa victoire au marathon de Zurich avec un nouveau record suisse en 2:08’20. Sa préparation physique et son mental à toute épreuve font ensuite merveille à Osaka. Dans la fournaise japonaise, le Suisse est l’auteur d’une course héroïque et son abnégation est récompensée d’une incroyable médaille de bronze mondiale ! Au saut à la perche, Anna Katharina Schmid (LV Thun) remporte le titre national en égalant le record suisse avec 4,30 m, puis elle empoche le bronze aux championnats d’Europe U20 à Hengelo. En bonne forme également, Nicole Büchler (STB) décroche elle aussi la médaille de bronze à l’Universiade d’été à Bangkok avec une nouvelle meilleure marque helvétique à 4,35 m. Enfin au F.O.J.E. à Belgrade, Valentine Arrieta (CEP Cortaillod) s’empare de l’argent sur 200 m, puis elle conquiert avec Andrea Gilgen (STB), Grace Muamba (SEP Olympic La Chaux-de-Fonds) et Lea Sprunger (COVA Nyon) le titre au relais 4×100 m.
Highlights 2008
La saison 2008 doit amener Viktor Röthlin en direction de deux pics de forme sur la distance des 42,195 km : le 17 février à l’occasion du marathon de Tokyo et le 24 août à l’occasion des Jeux Olympiques de Pékin. Dans la première course, seul le chrono compte et l’objectif est doublement atteint avec deux records suisses, celui des 30 km en 1:30’48 et surtout celui du marathon dans le chrono tout à fait incroyable de 2:07’23 ! Lors du marathon olympique, Röthlin est à nouveau très inspiré en terminant sixième et meilleur européen en 2:10’35, tout en manquant le podium de 35 secondes. Julien Fivaz – bien que très régulier au-delà des 8 mètres (8,10 m à Pierre-Bénite) – ne concrétise pas à Pékin, pas plus qu’Andreas Kundert, brillant nouveau recordman suisse du 110 m haies en 13″41 à Lucerne, mais hélas malade et forfait aux JO. En pleine progression, Nicole Büchler franchit à Lucerne 4,40 m à la perche et prend également un grand bol d’expérience en Chine. Enfin le record suisse de relais 4×100 m hommes, qui datait de 1978, a été battu à deux reprises en 39″02 à Genève et 38″99 à Madrid par l’équipe composée d’Andreas Baumann (LC Zürich), Marc Schneeberger (TV Länggasse), Marco Cribari (LC Zürich) et Amaru Schenkel (LC Zürich).
Highlights 2009
Véritable révélation de la saison, Nicole Büchler bat à sept reprises les records suisses en salle et en plein air du saut à la perche, pour atteindre dans les deux cas 4,50 m à Jonesboro en indoor et à Berlin lors des championnats du monde. Elle décroche également l’argent à l’Universiade d’été de Belgrade. À Berlin, dans le cadre de son heptathlon, Linda Züblin (LAR Bischofszell) bat le record suisse du lancer du javelot avec 53,01 m. Pour retrouver des victoires au niveau international, il faut à nouveau sortir du stade et prendre de l’altitude du côté des courses de montagne. Martina Strähl (LV Langenthal) devient championne d’Europe à Telfes, tandis que Marc Lauenstein (CEP Cortaillod) remporte le parcours long des championnats du monde à Söll. Chez les jeunes, Lea Sprunger décroche le bronze à l’heptathlon des championnats d’Europe U20 à Novi Sad. Enfin lors du F.O.J.E. à Tampere, Mujinga Kambundji (STB) obtient l’argent sur 100 m et conduit ses camarades Silja Mühlebach (LC Luzern), Nora Frey (LG Küsnacht-Erlenbach) et Cornelia Halbheer (LV Winterthur) à la victoire au relais 4×100 m. Andrina Schläpfer (Biberist aktiv!) et Nathalie Meier (STB) s’adjugent quant à elles une médaille de bronze, respectivement au 800 m et au javelot.
Highlights 2010
Alors que l’athlétisme suisse attend toujours une progression notable au niveau de sa densité, des surprises peuvent toujours surgir, souvent lorsqu’on ne s’y attend pas. C’est le cas le 27 juillet 2010 à Lugano où le concours du saut en longueur des femmes est le théâtre d’un événement exceptionnel : le record suisse, les fameux 6,73 m de Meta Antenen (vice-championne d’Europe 1971) sont tombés après un règne de 39 ans ! L’auteur de ce crime de lèse-majesté n’est autre qu’Irene Pusterla (VIGOR Ligornetto), qui s’est envolée à son cinquième essai à 6,76 m. Lors des championnats d’Europe à Barcelone, le relais 4×100 m des hommes avec Pascal Mancini (Stade Genève), Aaron Beyene (Stade Genève), Amaru Schenkel et Marc Schneeberger (TV Länggasse) est plus rapide que jamais, mais le nouveau record suisse établi lors de la finale en 38″69 ne leur donne que le quatrième rang. En Catalogne, c’est surtout le sacre européen de Viktor Röthlin au marathon qui déclenche la joie dans tout le pays. L’Obwaldien a mille fois mérité ce titre et tous les honneurs qui ont suivi. Comme toujours, les courses de montagne ont apporté un petit lot de médailles ; pour les Mondiaux, on reprend les mêmes qu’en 2009 : Marc Lauenstein, deuxième du parcours long à Manitou Springs et Martina Strähl, troisième de la course disputée à Kamnik. Quant à la toute première édition des Jeux Olympiques de la jeunesse à Singapour, deux Suissesses rentrent au pays avec une médaille : Andrina Schläpfer avec l’argent sur 1000 m et Noemi Zbären (SK Langnau) avec le bronze au 100 m haies.
Highlights 2001
Unter dem Hallendach verbessert André Bucher (LR Beromünster) mit 1:45,36 in Dortmund und 1:45,32 vier Tage später in Stockholm den Schweizer 800-m-Rekord um zwei Sekunden. An den Indoor-Weltmeisterschaften in Lissabon gewinnt der Luzerner die Bronzemedaille über 800 m in 1:46:46 Minuten. Ebenfalls in der Halle fixiert Peter Philipp (BTV Chur) den 1500-m-Landesrekord von Pierre Délèze auf 3:38,86 Minuten, eine Zeit, die immer noch gilt. Im Freien senkt Christian Belz (STB) den Schweizer Rekord über 3000 m Steeple in Hengelo um 25 Hundertstel auf 8:22:24 Minuten, den aktuellen Rekord. André Bucher startet über 1000 m stark in die Freiluftsaison mit einer Bestleistung von 2:15,63 Minuten, gefolgt von drei Zwei-Runden-Zeiten unter 1:44 Minuten im Juli, darunter ein Schweizer Rekord in Monaco (1:42,90). Drei Wochen später, an den Weltmeisterschaften in Edmonton, schafft er sein (Welt-)Meisterstück, indem er Gold in 1:43,70 gewinnt! Mit seinen Siegen in Zürich mit 1:42,55 (aktueller Schweizer Rekord) und Brüssel Brüssel mit 1:42:75 bestätigt er seinen Status als Weltnummer eins. Die Wahl zum Schweizer Sportler des Jahres ist hochverdient. Im Hammerwurf bricht Samuele Dazio (VIRTUS Locarno) dreimal den nationalen Rekord, zuletzt in Locarno mit 74,02 m. Mireille Donders (STB) verbessert ihren Schweizer Rekord über 100 m auf 11,34 Sekunden, während Sabrina Altermatt (LV Langenthal) die 100 m Hürden am EYOF in Murcia in 13,40 gewinnt. Beim Berlin Marathon unterbietet Viktor Röthlin (STV Alpnach) den Schweizer Rekord in 2:10:54 Stunden um 16 Sekunden.
Highlights 2002
André Bucher glänzt wieder in der Halle, insbesondere mit 1:45,08 über 800 m in Liévin. Trotz eines weiteren Schweizer Rekords von 1:44,93 Minuten, den er an den Hallen-Europameisterschaften in Wien aufstellt, muss sich der Freiluft-Weltmeister auf der Zielgeraden dem Polen Pawel Czapiewski geschlagen geben. Drei gute Schweizer Hallenrekorde sind zu erwähnen: Ivan Bitzi (LV Horw) über 50 m Hürden mit einer Zeit von 6,58 Sekunden und über 60 m Hürden mit einer Zeit von 7,62 sowie die Bestleistung von Martina Feusi (LC Zürich) über 50 m (6,26). André Buchers Sommersaison ist zwar nicht so brillant wie 2001, aber mit einer Bestzeit von 1:43,93 Minuten in Brüssel dennoch bemerkenswert. An den Europameisterschaften in München ist er der einzige Schweizer Medaillengewinner. Doch wie schon an der Hallen-EM wird er auf der Zielgeraden vom Dänen Wilson Kipketer überholt; es gibt Silber wie in Budapest 1998. In den anderen Disziplinen machen die Hammerwerfer von sich reden: Patric Suter (Hochwacht Zug) holt sich mit 74,56 m den Schweizer Rekord zurück, während Céline Neuenschwander (CA Vétroz) bei den Frauen mit 56,97 m die Bestmarke setzt. Ausserhalb des Stadions bricht Chantal Dallenbach die Schweizer Rekorde über 10 km in 32:51 und über 20 km in 1:07:37, während Alexis Gex-Fabry (CABV Martigny) in Camara erster offizieller Schweizer Europameister im Berglauf wird.
Highlights 2003
Trotz der grossartigen Leistungen von André Bucher in den letzten beiden Saisons und einigen Glanzlichtern erlebt die Schweizer Leichtathletik eine schwierige Phase. Wieder ist es der erfolgreichste 800-m-Läufer unserer Geschichte, der in Brüssel (1:44,23) und Paris (1:44,25) exzellente Zeiten abliefert. An den Weltmeisterschaften im Stade de France bleibt der Titelverteidiger allerdings im Halbfinal auf der Strecke. Im Weitsprung erhellt eine unerwartete Leistung die nationale Leichtathletik – dank den fantastischen 8,27 m von Julien Fivaz (SEP Olympic La Chaux-de-Fonds), die er in Ebensee erzielt. Auch die 80,51 m von Patric Suter (Hochwacht Zug) im Hammerwurf von hohem Niveau, während sich Céline Neuenschwander mit 59,06 m der 60-m-Marke nähert. Im Nachwuchs schliesslich gibt es zwei Silbermedaillen für Andreas Kundert (LC Brühl) über 110 m Hürden bei den U20-Europameisterschaften in Tampere und Benjamin Sunier (Stade Genève) über 100 m am EYOF in Paris.
Highlights 2004
Die Schweizer Leichtathletik, die sich immer noch im Tief befindet, verzeichnet nur in neuen Disziplinen Rekorde. Zu nennen sind die 3:09,04 Minuten der 4×400-m-Nationalstaffel mit Alain Rohr (STB), Cédric El-Idrissi (STB), Martin Leiser (BTV Aarau) und Andreas Oggenfuss (LC Brühl), die einen starken vierten Platz an der Hallen-WM in Budapest erreichen oder Nadine Rohrs (STB) 4,30 m im Stabhochsprung, Barbara Leuthards (TV Ibach) 13,40 m im Dreisprung und Catherine Manigleys (BTV Aarau) 49,46 m mit dem neuen Speer. Das nationale Niveau widerspiegelt sich unweigerlich bei den Olympischen Spielen in Athen, wo alle neun Schweizer Leichtathleten im Vorlauf oder in der Qualifikation hängen bleiben. Auch Viktor Röthlin, der im April beim Zürich Marathon mit der Rekordzeit von 2:09:56 erstmals unter der 2:10-Stundenmarke geblieben ist, muss in Griechenland aufgeben. Hoffnung macht dagegen ein kubanischer Athlet: Alexander Martínez (LC Zürich), der bei Weltklasse Zürich hervorragende 17,09 m springt und bald eingebürgert werden soll. Zum Schluss gibt es wieder zwei internationale Podestplätze: Sabrina Altermatts (LV Langenthal) gewinnt die Silbermedaille über 100 m Hürden an den U20-Weltmeisterschaften in Grosseto und Angéline Joly (GS Franches-Montagnes) wird Berglauf-Langdistanz-Weltmeisterin beim Heimrennen Sierre-Zinal.
Highlights 2005
Die Saison 2005 ist ein Spiegelbild der vorangegangenen: einige seltene Schweizer Rekorde werden gebrochen, die internationalen Medaillen muss man aber im Nachwuchs und im Berglauf suchen. Die Hochspringerin Corinne Müller (LC Zürich) zeigt eine hervorragende Hallensaison, die im Schweizer Rekord von 1,92 m in Magglingen gipfelt. Im Freien unterbietet Christian Belz den Schweizer Rekord von Markus Ryffel über 10 000 m gleich zwei Mal: 27:54,11 im Mai in Stanford und 27:53:16 im August in Helsinki. Die Speerwerferin Catherine Manigley befördert ihr Gerät nun auf 52,68 m. Viel Freude bereitet auch Pierre Lavanchy (Lausanne-Sports), der die Bahn an den Schweizer Meisterschaften in Bern in 45,49 Sekunden umrundet. Im Dreisprung schafft Alexander Martínez, immer noch Kubaner, bei einem kleinen Meeting in Bern hochkarätige 17,51 m! Im Berglauf resultieren zwei Bronzemedaillen durch Daniel Bolt (LC Meilen) an der Langdistanz-WM in Cauterets und durch Angéline Joly bei den Europameisterschaften in Heiligenblut. Am EYOF in Lignano brilliert Clélia Reuse (CABV Martigny) mit Gold über 100 m Hürden und Silber im Weitsprung.
Highlights 2006
Die Schweizer Leichtathletik ist noch etwas wackelig auf den Beinen, kann aber dank einzelner Athleten wie Stefan Müller (LV Winterthur) wieder international mithalten. An den Europameisterschaften in Göteborg erzielt der Speerwerfer in der Qualifikation mit 80,43 m einen Schweizer Rekord. Im Final steigert er sich gar auf 80,87 m und damit auf den siebten Platz. Beim SVM-Final in Bern landet Müllers Speer auf der immer noch gültigen Rekordweite von 82,07 m. Der zweite grosse Lichtblick ist Dreispringer Alexander Martínez. Der Neo-Schweizer bricht auf Anhieb den nationalen Hallenrekord (16,70 m), dann den Freiluftrekord (16,99 m) in Lausanne. In Göteborg fliegt er in der Qualifikation auf 17,13 m, scheitert aber im EM-Final und wird Neunter. Für das dritte Highlight sorgt Christian Belz, der sich im EM-Final über 10 000 m souverän behauptet und die angestrebte Medaille als Vierter nur knapp verpasst. Und dann kommt Viktor Röthlin, der Meister des Schweizer Marathonlaufs: Im Windschatten von Olympiasieger Stefano Baldini läuft der Obwaldner ein grossartiges Rennen und gewinnt in 2:11:50 sensationell die Silbermedaille.
Highlights 2007
Alexander Martínez und Viktor Röthlin, die beiden Stars der Schweizer Leichtathletik, sind immer noch stark. Ersterer, der auch ein hervorragender Salsa-Tänzer ist, stellt in La Chaux-de-Fonds mit 17,13 Metern seinen Schweizer Rekord im Dreisprung ein. Voller Zuversicht qualifiziert er sich für den WM-Final in Osaka und wird mit 16,85 m Achter. Viktor Röthlin begeistert die Öffentlichkeit beim Zürich Marathon, den er in der Rekordzeit von 2:08:20 gewinnt. Seine körperliche Vorbereitung und seine unerschütterliche mentale Stärke wirken in Osaka Wunder. Im japanischen Glutofen läuft der Schweizer ein heroisches Rennen, das mit WM-Bronze belohnt wird! Im Stabhochsprung holt Anna Katharina Schmid (LV Thun) den nationalen Titel mit 4,30 m und lässt sich Bronze an den U20-Europameisterschaften in Hengelo umhängen. Ebenfalls zu Bronze springt Nicole Büchler (STB) an der Sommeruniversiade in Bangkok mit einer neuen Schweizer Bestmarke von 4,35 m. Am EYOF in Belgrad schnappt sich Valentine Arrieta (CEP Cortaillod) Silber über 200 m und anschliessend –zusammen mit Andrea Gilgen (STB), Grace Muamba (SEP Olympic La Chaux-de-Fonds) und Lea Sprunger (COVA Nyon) – Gold in der 4×100-m-Staffel.
Highlights 2008
Von Viktor Röthlin werden 2008 zwei Spitzenleistungen auf der 42,195-km-Distanz erwartet: am 17. Februar beim Tokio Marathon und am 24. August beim Olympiamarathon in Beijing. Im ersten Rennen zählt nur die Zeit – und das Ziel wird mit zwei Schweizer Rekorden doppelt erreicht: die 30 km in 1:30:48 und der Marathon in unglaublichen 2:07:23! Im olympischen Marathon erbringt Röthlin erneut eine Topleistung als Sechster und bester Europäer. In 2:10:35 Stunden verpasst er die neunte Schweizer Olympiamedaille nur um 35 Sekunden. Julien Fivaz – obwohl regelmässig jenseits der 8 Meter unterwegs (8,10 m in Pierre-Bénite) – schlägt sich in Beijing unter Wert, ebenso wie Andreas Kundert, brillanter neuer Schweizer Rekordhalter über 110 m Hürden in 13,41 in Luzern, aber leider krank und nicht in der Lage, an den Olympischen Spielen teilzunehmen. Nicole Büchler meistert in Luzern 4,40 m und sammelt in China wertvolle Erfahrung. Der Schweizer 4×100-m-Rekord, der aus dem Jahr 1978 datiert, wird von Andreas Baumann (LC Zürich), Marc Schneeberger (TV Länggasse), Marco Cribari (LC Zürich) und Amaru Schenkel (LC Zürich) in Genf (39,02) und Madrid (38,99) gleich zwei Mal gebrochen.
Highlights 2009
Nicole Büchler ist das Versprechen der Saison. Sie knackt sieben Mal den Schweizer Hallen- und Freiluftrekord im Stabhochsprung und erreicht sowohl in Jonesboro als auch an den Weltmeisterschaften in Berlin 4,50 m. Zudem gewinnt die Seeländerin Silber an der Sommeruniversiade in Belgrad. In Berlin schafft Linda Züblin (LAR Bischofszell) mit 53,01 m im Siebenkampf einen nationalen Speerwurf-Rekord. Für die EM- und WM-Medaillen muss man das Stadion verlassen und in die Berge gehen. Martina Strähl (LV Langenthal) wird in Telfes Europameisterin, während Marc Lauenstein (CEP Cortaillod) an den Weltmeisterschaften in Söll die über die Langdistanz triumphiert. In der Nachwuchskategorie holt Lea Sprunger Siebenkampf-Bronze an den U20-Europameisterschaften in Novi Sad. Mujinga Kambundji (STB) gewinnt in Tampere EYOF-Silber über 100 m und führt ihre Teamkolleginnen Silja Mühlebach (LC Luzern), Nora Frey (LG Küsnacht-Erlenbach) und Cornelia Halbheer (LV Winterthur) zu Gold in der 4×100-m-Staffel. Andrina Schläpfer (Biberist aktiv!) und Nathalie Meier (STB) schnappen sich Bronze über 800 m respektive im Speerwurf.
Highlights 2010
Zwar wartet die Schweizer Leichtathletik noch immer auf eine höhere Leistungsdichte, doch Überraschungen sind immer möglich, oft auch dann, wenn man sie nicht unbedingt erwartet. Dies tritt am 27. Juli 2010 in Lugano ein, wo der Weitsprungwettbewerb der Frauen Schauplatz eines aussergewöhnlichen Ereignisses wird: Der Schweizer Rekord – die berühmten 6,73 m von Meta Antenen (EM-Silbermedaillengewinnerin 1971) – fällt nach 39 Jahren Irene Pusterla (VIGOR Ligornetto) zu, die in ihrem fünften Versuch auf 6,76 m segelt. An den Europameisterschaften in Barcelona ist die 4×100-m-Staffel der Männer mit Pascal Mancini (Stade Genève), Aaron Beyene (Stade Genève), Amaru Schenkel und Marc Schneeberger (TV Länggasse) so schnell wie noch nie, doch der neue Schweizer Rekord von 38,69 Sekunden reichte im Final nur für den undankbaren vierten Platz. In Katalonien ist es vor allem das EM-Gold von Viktor Röthlin, der am 1. August landesweit Freude auslöste. Nach gesundheitlichen Rückschlägen hat der Marathon-Europameister diesen Titel und alle damit verbundenen Ehrungen verdient. Bei den Berglauf-Weltmeisterschaften heissen die Schweizer Medaillengewinner gleich wie 2009: Marc Lauenstein wird Zweiter auf der Langdistanz in Manitou Springs und Martina Strähl WM-Dritte in Kamnik. Von den ersten Olympischen Jugendspielen in Singapur kehren zwei Schweizerinnen mit einer Medaille nach Hause: Andrina Schläpfer mit Silber über 1000 m und Noemi Zbären (SK Langnau) mit Bronze über 100 m Hürden.

Il y a vingt ans, André Bucher a été sacré champion du monde du 800 m à Edmonton, au Canada. C’était là le couronnement d’une carrière exceptionnelle, débutée sur le plan international en 1994 avec une médaille d’argent sur 1500 m aux Championnats du monde U20.
Le grand moment de la carrière d’André Bücher s’est joué le 8 août 2001, à 4h50 (heure suisse). Tous les amateurs de sport suisse avaient mis leur réveil pour regarder en direct à la télévision la finale du 800 m avec le Lucernois de 25 ans. Sans jamais avoir cherché à être sous les feux de la rampe, l’athlète de la Läuferriege Beromünster avait en amont des championnats du monde néanmoins attiré toute l’attention sur lui.
Collusion des non-sprinters
Depuis les Mondiaux en salle 2001 à Lisbonne, où le protégé d’Andy Vögtli et Christoph Schmid a récolté le bronze, le Suisse était invaincu sur les deux tours de piste. Rome, Lausanne, Paris, Monaco : le Lucernois avait pris le meilleur sur ses adversaires à chacun de ces grands meetings. En partant devant. Son problème : il est à l’originaire un coureur de long… En 1996, il a participé aux CM de cross de longue distance (12,15 km !) – et était tout sauf un sprinter.
Il en était de même pour Wilfried Bungei, outsider en 2001, champion olympique en 2008 à Pékin. Pour pouvoir décrocher une médaille, le Kenyan et le Suisse devaient unir leurs forces et faire le rythme devant. « Lors de notre mise en calme commune après les demi-finales, on s’est mis d’accord qu’on allait faire une course rapide en finale », a avoué André Bucher au Magazine de Swiss Athletics il y a dix ans.
Le problème de lacets
Mais avant la course, Bucher devait d’abord surmonter un autre problème. « Avant la demi-finale, j’ai en laçant mes chaussures cassé une couture », raconte l’Helvète le plus rapide de tous les temps du 600 au 1000 mètres. « Ce n’était pas idéal en vue de la finale. » Surtout pour la tête. Mais là aussi l’aide a joué son rôle – en la personne de Cornelia Bürki. A Edmonton, l’ancienne coureuse de haut niveau, 4e des CM 1987 sur 1500 m et 3000 m, ne s’est pas seulement occupée de la finaliste olympique du 1500 m Sabine Fischer (LC Rapperswil-Jona), mais aussi de la chaussure préférée de Bucher.
Pour une suite et fin d’histoire heureuse : la réparation a tenu bon et la tactique helvético-kenyane s’est avérée payante. Bungei a fait le rythme sur les 500 premiers mètres, avant d’être relayé par Bucher, qui a décroché en 1’43″70 le premier titre mondial en course d’un Suisse. La satisfaction était d’autant plus grande pour l’athlète de Suisse centrale qu’il avait été poussé hors de la piste par l’Italien Andrea Longo l’année précédente en finale olympique, terminée cinquième tout près de la médaille. « Peut-être qu’il me fallait l’expérience de Sydney pour devenir champion du monde », spécule le coureur de front, qui s’était entraîné encore plus dur et de manière encore plus conséquente que jamais pour la saison 2001.
D’abord le travail, puis la liberté
Et ça a valu la peine. Et pas seulement pour le titre mondial. Après avoir fait le « travail » à Edmonton, André Bucher a fait le show. Sans guère avoir de temps pour les grandes fêtes et réceptions, qui n’étaient de toute façon pas son truc.
A la place, il a fait jubiler le public lors de sa victoire à domicile au Weltklasse Zürich avec sa victoire record (1’42″55), il a participé au jackpot de la Golden League et a remporté à Melbourne le classement général de l’IAAF Grand-Prix (devant la légende de 110 m haies Alan Johnson). Avec ça, il a récolté les distinctions d’« Athlète européen de l’année » et le 3e rang de l’élection de l’Athlète mondial de l’année (derrière les champions du monde en série Hicham El Guerrouj et Maurice Greene). Même la NZZ, journal généralement sur la retenue, a parlé de la saison de Bucher en termes de « fantastique année 2001 ». Une année que le coureur a terminé, comme déjà l’an 2000, en tant que Sportif suisse de l’année.
Sept ans pour passer de l’argent sur 1500 m à l’or sur 800 m
Retour au niveau européen. Le champion du monde en plein air et médaillé de bronze mondial indoor a récolté en 2002, avec l’argent sur 800 m, à Vienne (indoor) et à Munich (outdoor) ses quatrième et cinquième médailles élite. Comme déjà en 1999 aux Universiades, en 1998 aux CE, aux CE U23, en 1995 aux CE U20 et en 1994 aux CM U20, jadis encore sur 1500 m. Il a fallu sept ans à André Bucher pour passer de vice-champion du monde juniors du 1500 m à champion du monde du 800 m élite.
Une transformation qui n’a pas été sans conséquences. Au printemps 2007, l’ancien étudiant diplômé comme prof d’école primaire s’est pour le bien de sa santé retiré de l’athlétisme de compétition. « De nombreux beaux souvenirs et le plaisir à la course à pied » restent jusqu’à aujourd’hui au désormais père de quatre enfants et fondateur d’entreprise.

Né le 14 octobre 1974, Viktor Röthlin (STV Alpnach) a décroché le 1er août 2010 le 4e titre de champion d’Europe pour un Suisse après l’argent aux CE 2006 et le bronze aux CM 2007. Le Swiss Athletics History Maker a ainsi comblé le vide laissé par le champion du monde et vice-champion d’Europe André Bucher après sa retraite au printemps 2007.
Viktor Röthlin (né en 1974) et André Bucher (né en 1976) appartiennent à la même génération de coureurs. Mais alors que Bucher s’est concentré sur le double tour de piste après sa 188e place aux CM de cross 1996 pour décrocher l’argent aux CE 1998 à Budapest, Röthlin prend, après sa dernière place sur 10’000 m – en étant doublé – le chemin inverse : il passe de la piste sur la plus classique des longues distances.
Le physiothérapeute de formation fait ses débuts sur les mythiques 42,195 km dès le printemps suivant au Marathon de Hambourg. Après un premier chrono sous les 2h11 à Berlin en 2001 (2h10’54), Röthlin s’attaque également à son record suisse en 2003 en terres helvétiques. Lors de la première édition du Marathon de Zurich, l’Obwaldien de Kerns est le seul à pouvoir s’accrocher au vainqueur Tesfaye Eticha.
Percée internationale au marathon de New York
En 2004, c’est-à-dire dix ans avant les CE à domicile, il bat finalement aussi son record à Zurich. Et ce n’est pas tout : Encouragé par un grand nombre de populaires, Röthlin descend pour la première fois sous les 2h10 dans la Ville au bord de la Limmat.
En 2005, le citoyen du monde aux racines montagnardes se rend à Big Apple, à la « Champions League », comme Röthlin appelle le New York City Marathon. Le participant aux CE, CM et Jeux olympiques vend chèrement sa peau sur le plus grand marathon de la planète, rattrape coureur après coureur pour franchir la ligne en tant qu’excellent 7e dans Central Park. C’est là le dernier pas en direction d’une carrière professionnelle.
Dès 2006, Röthlin suit de manière conséquente ses ambitions de médailles et plans de records, optimise son entourage et ne laisse plus un détail au hasard. En hiver au Kenya, en été en Engadine : le coureur de Suisse centrale est un des premiers Européens à s’entraîner avec les merveilleux athlètes d’Afrique de l’Est, pour apprendre des meilleurs. La récupération est une autre importante pièce du puzzle. Röthlin peut compter depuis des années sur les précieux services de son physiothérapeute et ami Daniel Troxler.
Vice-champion d’Europe à Göteborg 2007
Sur les 25 tours de piste, Christian Belz termine 4e et manque de grimper sur le podium. Sur le marathon par contre, seul le champion olympique Stefano Baldini se trouve une marche plus haut que Viktor Röthlin.
En 2007, le médaillé d’argent se trouve de nouveau sur la ligne de départ du Marathon de Zurich, prêt à abaisser pour la troisième fois le record suisse avec l’aide de son lièvre de luxe Abraham Tandoi. En 2h08’20, Röthlin pulvérise de plus d’une minute et demie son ancien meilleur chrono.
Dans des conditions météo diamétralement différentes, mais avec la même acribie qu’à Zurich, Viktor Röthlin et ses compères Daniel Brodard, Fritz Schmocker et Daniel Troxler sont à l’œuvre au Japon.
Le bronze aux CM à Osaka 2007
Sur le marathon le plus lent et sans doute le plus dur de l’histoire des Mondiaux, Röthlin reste longtemps en retrait. Au kilomètre 30, il pointe en 6e position. Alors que d’autres coureurs sont victimes en chaîne des 30 degrés Celsius et 80 pourcents d’humidité, édaille dans le viseur.
A moitié en délire, à moitié en mode d’attaque, le Suisse parvient à gagner trois places sur les deux derniers kilomètres pour franchir grâce à une grande force morale la ligne d’arrivée en troisième position. Röthlin n’est que le 5e Swiss Athletics History Maker à jubiler d’une médaille mondiale et devient une icône au Japon, nation folle de marathon.
Record suisse et diplôme olympique en 2008
Près de six mois plus tard, la star de course à pied suisse retourne au Pays du Soleil-Levant. Au Marathon de Tokyo, le perfectionniste réussit une course proche de la perfection. Après avoir déboulonné ses derniers adversaires après 36 kilomètres, Röthlin est au-devant de sa plus grande victoire au niveau mondial.
A cette époque, encore sans chaussures à carbone, il améliore une nouvelle fois son record national, de près d’une minute par rapport à l’année d’avant, et termine dans le gros chrono de 2h07’23. Le voilà qui peut même rêver d’une médaille olympique à Pékin. Mais aux JO, Röthlin termine 6e et meilleur non-Africain, à 35 secondes de la médaille. Il doit aussi enterrer son rêve de record d’Europe.
Au printemps 2009, il contracte en camp d’entraînement au Kenya une embolie pulmonaire partiellement héréditaire – non sans sérieuses conséquences. Sa carrière de marathonien ne tient qu’à un fil. S’ensuivent des semaines et mois d’incertitude, mais Röthlin, en bon marathonien, se bat pour revenir et écrit le jour de la fête nationale un véritable conte de fées sportif.
Champion d’Europe à Barcelone 2010
Une fois de plus, il s’est préparé de manière parfaite pour la course dans la chaleur. Le méticuleux coureur commence l’épreuve avec des poches de refroidissement, prend de la glace liquide aux postes de ravitaillement pour tenter de garder une température corporelle basse le plus longtemps possible. Puis, surprise au kilomètre 27 : personne ne peut suivre le Suisse. Le premier marathon de Röthlin depuis deux ans tourne au triomphe, à la résurrection, au comeback de l’année.
Mais ce n’est pas tout. Car, alors que le compagnon de route de Röthlin Christian Belz se retire de la scène internationale avec une 6e place, le champion d’Europe de marathon et champion suisse de semi-marathon continue à courir jusqu’aux CE 2014 à Zurich – avec un crochet au Marathon de Tokyo (5e/2h08’32) et JO à Londres (11e/2h12’48) en 2012, suivis par le Marathon de Lake Biwa (8e/2h10’18) et le Marathon de la Jungfrau (3e/2h53’21) en 2013.
Devant l’Eiger, le Mönch et la Jungfrau, Viktor Röthlin ne représente certes qu’une fois la nation de nouveau forte de course de montagne autour de la championne d’Europe et du monde Martina Strähl mais fait montre de ses qualités de grimpeur dans l’Oberland bernois pour son 27e et dernier marathon.
Le médaille par équipe aux CE à Zürich 2014
Dix ans après sa victoire au Marathon de Zurich, le détenteur du titre Röthlin vit les adieux qu’il a mérités : il termine 5e devant une grande foule et récolte le bronze par équipe.
Dans le Stade du Letzigrund, le routinier de 39 ans reçoit sa dernière médaille des mains du président du CO et de Swiss Athletics d’alors Hansruedi Müller et peut la célébrer avec ses collègues d’équipe, à savoir Tadesse Abraham, Christian Kreienbühl, Michael Ott, Patrick Wieser et Adrian Lehmann.
C’est le point d’orgue d’une brillante carrière de marathonien – et en même temps le coup d’envoi d’une ascension exemplaire de l’athlétisme suisse. Sur piste et hors stade.
La cinquième décennie (2011 - 2021)

Après avoir connu le creux de la vague au début des années 2000, les dirigeants de Swiss Athletics ont su trouver les clés afin de créer une nouvelle dynamique. Les « Swiss Starters » (qui avaient pour objectif les championnats d’Europe de Zurich en 2014), ainsi que les différents projets jeunesse, sont les raisons qui ont permis un retour progressif de l’athlétisme suisse à un niveau fort respectable au sein de la hiérarchie mondiale. En 2021, 50 ans après la création de la Fédération Suisse d’Athlétisme (FSA), la situation laisse entrevoir un avenir très favorable. Voici un résumé des principaux événements de l’athlétisme suisse au cours des saisons 2011 à 2021.
Highlights 2011
Les athlètes féminines sont à l’honneur lors de cette saison 2011, qui voit Irene Pusterla (VIGOR Ligornetto) être plus forte que jamais : un record suisse en salle du saut en longueur avec 6,71 m lors des Européens indoor à Paris, puis deux autres records en plein air d’excellent niveau à Chiasso avec 6,81 m à la fin juin et 6,84 m deux mois plus tard. En fin de saison, elle bat également celui du triple saut avec 13,42 m. Grâce à ses 12″62 sur 100 m haies, Lisa Urech (SK Langnau) claque à La Chaux-de-Fonds un chrono de très grande classe, soit l’actuel record suisse. Nicole Büchler (STB) passe à deux reprises 4,50 m à la perche, Lydia Wehrli (Stade Genève) franchit la ligne des 60 mètres au marteau avec 60,06 m, tandis que Nathalie Meier (STB) envoie son javelot à 53,45 m.
Sous l’impulsion de Laurent Meuwly, un nouveau projet voit le jour au niveau du relais 4 x 100 m féminin. Pour matérialiser le point de départ de cette aventure prometteuse, Mujinga Kambundji (STB), Jacqueline Gasser (BTV Chur), Clélia Reuse (CABV Martigny) et Lea Sprunger (COVA Nyon) battent le vieux record national (44″31 en 1979) avec 43″90 lors d’Athletissima. Chez les hommes, il faut saluer les 10″19 de Reto Amaru Schenkel (LC Zürich) sur 100 m et chez les jeunes, Noemi Zbären (SK Langnau) devient vice-championne du monde U18 du 100 m haies à Lille. Enfin hors stade, Martina Strähl (LV Langenthal) remporte le titre européen de course en montagne à Bursa-Uludag.
Highlights 2012
Deux grandes compétitions sont au programme de cette saison 2012. Aux championnats d’Europe à Helsinki, les meilleurs résultats sont réalisés par les relais 4 x 100 m. Alex Wilson (Old Boys Basel), Marc Schneeberger (TV Länggasse), Reto Amaru Schenkel et Rolf Malcolm Fongué (GGB) terminent cinquièmes en 38″83. Michelle Cueni (LC Zürich), Jacqueline Gasser, Ellen Sprunger (COVA Nyon) et Lea Sprunger (COVA Nyon) améliorent à deux reprises le record suisse en 43″61, puis en 43″51 pour une sixième place.
Aux Jeux Olympiques à Londres, Viktor Röthlin termine onzième du marathon et le relais 4 x 100 m des femmes se classe treizième en 43″54. Nicole Büchler continue sa belle progression en direction du niveau mondial en franchissant 4,55 m en salle à Jonesboro et 4,60 m en plein air à Riehen. Noemi Zbären remporte une nouvelle médaille d’argent au 100 m haies, cette fois-ci aux Mondiaux U20 à Barcelone. Lors des championnats d’Europe de course en montagne, Monika Fürholz (CA Marly) devient à son tour championne d’Europe à Denizli.
Highlights 2013
La nouvelle star de l’athlétisme helvétique se nomme Alex Wilson (Old Boys Basel). Le Jamaïcain d’origine améliore à Bulle de quatre centièmes le record suisse du 100 m en 10″12. Yves Zellweger (Athleticsteam KTV Altstätten) devient le quatrième sauteur en longueur suisse à franchir la ligne des 8 mètres avec 8,03 m lors d’un meeting à Oberteuringen. Fabienne Schlumpf (TG Hütten) abaisse à deux reprises celui du 3000 m steeple en 9’48″45 à Oordegem et 9’46″98 à Bottrop. Nicole Büchler ajoute un centimètre à son record suisse (4,61 m à La Chaux-de-Fonds), tandis que Nicole Zihlmann lance à Lucerne son marteau à 61,54 m.
L’équipe nationale du 4 x 100 m helvétique féminin court en 43″48 lors d’Athletissima et surtout en 43″21 en demi-finales des championnats du monde à Moscou, avec une composition désormais standard formée de Mujinga Kambundji, Marisa Lavanchy (COVA Nyon), Ellen Sprunger et Lea Sprunger. Elles seront les têtes d’affiche en vue des championnats d’Europe 2014 à Zurich. Chez les jeunes, Noemi Zbären devient championne d’Europe U20 du 100 m haies à Rieti et Angelica Moser (LV Winterthur) remporte la perche du FOJE à Utrecht.
Highlights 2014
Grande année pour l’athlétisme suisse, qui accueille pour la seconde fois de l’Histoire les championnats d’Europe. À Zurich, les dirigeants de Swiss Athletics ont de quoi être fiers de leurs « Swiss Starters » car les résultats sont excellents. À tout seigneur tout honneur, Kariem Hussein (LC Zürich) remporte de fort belle manière le titre européen du 400 m haies; cette médaille d’or est seulement la cinquième de l’athlétisme suisse dans cette compétition. Viktor Röthlin (TV Alpnach) Tadesse Abraham (LC Uster) et Christian Kreienbühl (TV Oerlikon) décrochent le bronze par équipe au marathon. Pascal Mancini (FSG Estavayer), Reto Amaru Schenkel, Suganthan Somasundaram (LC Zürich) et Alex Wilson établissent l’actuel record suisse du 4 x 100 m en 38″54 et finissent 4e.
Chez les femmes, Mujinga Kambundji abaisse les records nationaux du 100 m et du 200 m en 11″20 et en 22″83, mais elle reste au pied du podium. À la perche, Nicole Büchler se rate lors des Européens, mais elle se reprend magnifiquement deux semaines plus tard lors de Weltklasse avec un superbe 4,67 m. Quant au 4 x 100 m, tous les espoirs étaient permis après les 42″94 d’Athletissima. Hélas un coup du sort au départ de la finale européenne en décidera autrement; quel crève-cœur ! Au marteau, Nicole Zihlmann est de plus en plus performante avec maintenant 63,79 m. Du côté des jeunes, Angelica Moser gagne la perche aux Jeux Olympiques de la jeunesse à Nanjing.
Highlights 2015
Pour la première fois depuis bien longtemps, quelques athlètes suisses brillent lors des championnats d’Europe en salle. À Prague, Selina Büchel (KTV Bütschwil) remporte un magnifique titre sur 800 m, alors que sur 60 m, Pascal Mancini (Stade Genève) égale le record suisse en 6″60 et Mujinga Kambundji fait passer le record national de 7″26 à 7″11. L’été venu, Selina Büchel est au top de sa forme lors du meeting de Paris, où elle court le 800 m en 1’57″95. Aux championnats suisses, dans la pénombre du stade Herti à Zoug, Nicole Büchler franchit 4,71 m à la perche.
À la fin du mois d’août, lors des championnats du monde à Pékin, Mujinga Kambundji abaisse les records suisses du 100 m en 11″07 et du 200 m en 22″64 lors des demi-finales. Selina Büchel sur 800 m et Kariem Hussein sur 400 m haies échouent eux aussi à ce stade de la compétition en étant les premiers non-qualifiés. C’est finalement la hurdleuse Noemi Zbären, récente championne d’Europe U23 à Tallinn, qui signe le meilleur résultat helvétique avec une sixième place dans ce 100 m haies mondial.
D’autres jeunes ont également été à leur avantage : Géraldine Ruckstuhl (STV Altbüron) remporte l’heptathlon des championnats du monde U18 à Cali, alors qu’Angelica Moser et Caroline Agnou (SATUS Biel-Stadt) s’adjugent respectivement la perche et l’heptathlon des championnats d’Europe U20 à Eskilstuna. Sur la route à Barcelone, Tadesse Abraham porte le record suisse du semi-marathon à 1:00’42. Et en montagne, Martina Strähl décroche à Zermatt le titre mondial du parcours long (individuelle et par équipe).
Highlights 2016
Nicole Büchler affole les statistiques lors de la saison 2016 en salle en battant à cinq reprises le record suisse indoor du saut à la perche, pour finalement le porter à 4,80 m lors des championnats du monde en salle à Portland (4e) ! Un autre exploit de taille est réalisé trois jours plus tard à Séoul par Tadesse Abraham, qui signe un incroyable record suisse du marathon en 2:06’40. Au printemps, Nicole Büchler confirme son nouveau statut avec 4,78 m à Doha, alors que Benjamin Gföhler (LC Zürich) saute 8,13 m en longueur à Oberteuringen.
La délégation helvétique présente aux championnats d’Europe à Amsterdam peut fêter cinq médailles avec les titres de Tadesse Abraham au semi-marathon, y compris par équipe avec Julien Lyon (Stade Genève) et Adrian Lehmann (LV Langenthal), mais également les médailles de bronze de Kariem Hussein sur 400 m haies, de Mujinga Kambundji sur 100 m et de Lea Sprunger sur 400 m haies. Cette dernière bat ensuite le record suisse du 200 m en 22″38 à Genève.
Aux Jeux Olympiques de Rio, Nicole Büchler revient in extremis d’une blessure à la cuisse pour terminer excellente sixième du saut à la perche. Tadesse Abraham se distingue lui aussi au marathon avec une très belle septième place, tout comme Fabienne Schlumpf (TG Hütten) qui pulvérise le record suisse du 3000 m steeple en 9’30″54. Nicole Zihlmann place le record suisse du marteau à 64,83 m et, comme d’habitude, Angelica Moser s’impose à la perche, cette fois-ci aux championnats du monde U20 à Bydgoszcz. Enfin à Tbilissi, Delia Sclabas (LG Gerbersport) devient double championne d’Europe U18 sur 1500 m et sur 3000 m.
Highlights 2017
Lors des championnats d’Europe en salle à Belgrade, Selina Büchel lutte avec succès pour conserver son titre européen du 800 m en 2’00″38 et Mujinga Kambundji s’empare du bronze sur 60 m. Fabienne Schlumpf est insatiable avec des records suisses en hiver sur 10 km en 32’10, ainsi qu’au semi-marathon en 1:10’17 et au printemps sur 3000 m steeple en 9’21″65. Alex Wilson fait parler la poudre à Weinheim avec les records suisses du 100 m en 10″11 et du 200 m en 20″37. Lea Sprunger s’illustre elle aussi à La Chaux-de-Fonds en améliorant la référence nationale d’Anita Protti (Lausanne-Sports) sur 400 m en 51″09. À l’heptathlon, le mano à mano entre Caroline Agnou et Géraldine Ruckstuhl est superbe; la Lucernoise bat le record suisse à Götzis avec 6’291 pts, mais la Seelandaise fait mieux lors de son titre européen U23 à Bydgoszcz avec 6’330 pts. Une semaine plus tard, Ruckstuhl reprend son bien en devenant vice-championne d’Europe U20 à Grosseto avec 6’357 pts.
Les championnats du monde à Londres permettent à Kariem Hussein et à Lea Sprunger d’atteindre la finale du 400 m haies; le Thurgovien termine huitième en 50″07 et la Vaudoise excellente cinquième en 54″59. Une autre cinquième place récompense le relais 4 x 100 m féminin, composé d’Ajla Del Ponte (US Ascona), Sarah Atcho (Lausanne-Sports), Mujinga Kambundji et Salomé Kora (LC Brühl St.Gallen); le record suisse est désormais placé à 42″50 !
Du côté des jeunes, Angelica Moser gagne encore la perche, mais maintenant lors des championnats d’Europe U23 à Bydgoszcz. Trois titres européens sont également décrochés chez les U20 à Grosseto grâce à Jason Joseph (LC Therwil) sur 110 m haies, Delia Sclabas sur 3000 m et Yasmin Giger (Amriswil Athletics) sur 400 m haies. Hors stade, Julien Wanders (Stade Genève) court un 10 km sur route à Durban en 28’13, alors que dans les montagnes, Maude Mathys (CA Riviera) devient championne d’Europe à Kamnik et Pascal Egli vice-champion du monde à Premana.
Highlights 2018
La saison en salle voit la torpille Mujinga Kambundji tout détruire sur son passage avec un record suisse du 60 m à 7″03 à Macolin et une médaille de bronze aux championnats du monde indoor à Birmingham en 7″05. Lea Sprunger est également très rapide sur 200 m en 22″88 et sur 400 m en 51″28. Le festival des deux stars de l’athlétisme suisse continue en été avec un incroyable 10″95 lors du 100 m des championnats suisses à Zofingen pour Mujinga et un non moins excellent 50″52 lors du Résisprint à La Chaux-de-Fonds pour Lea. D’autres records suisses méritent un joli coup de chapeau avec les 13″39 de Jason Joseph sur 110 m haies, les 13,49 m de Fatim Affessi (CA Genève) au triple saut, les 67,42 m de Nicole Zihlmann au marteau, les 6’391 pts de Géraldine Ruckstuhl à l’heptathlon, ainsi que les 42″29 du relais 4 x 100 m lors d’Athletissima.
Les championnats d’Europe à Berlin consacrent Lea Sprunger sur 400 m haies en 54″33; ce titre haut en émotion reste à ce jour le seul et unique de l’athlétisme suisse féminin dans cette compétition. Fabienne Schlumpf est elle aussi héroïque sur 3000 m steeple avec une belle deuxième place en 9’22″29. Tadesse Abraham décroche également l’argent au marathon et Alex Wilson réussit un chrono de 20″04 sur 200 m qui lui permet de décrocher le bronze.
Sur la route, Julien Wanders court en février un semi-marathon à Barcelone en 1:00’09 et en décembre un superbe 10 km à Houilles en 27’25. Enfin en montagne, Maude Mathys s’impose lors des Européens à Skopje et termine deuxième lors des Mondiaux à Canillo.
Highlights 2019
Julien Wanders bénéficie de la forme de sa vie en ce début d’année 2019 et il en profite pour signer deux exploits monumentaux en une semaine : un record d’Europe du semi-marathon en 59″13 à Ras al Khaimah, puis un record du monde du 5 km en 13’29 à Monaco ! En salle, Lea Sprunger remporte à l’arraché le titre européen du 400 m indoor à Glasgow. Deux autres coups d’éclats tombent au début de l’été en sprint à La Chaux-de-Fonds, où Alex Wilson court le 100 m en 10″08 et le 200 m en 19″98. À Hengelo, lors d’une course parfaitement menée, Julien Wanders pulvérise le record suisse du 10 000 m en 27’17″29. Le mois de juillet est aussi propice à la nouvelle génération « UBS Kids Cup » avec trois titres européens U23 à Gävle pour Jason Joseph sur 110 m haies, Angelica Moser à la perche et Géraldine Ruckstuhl à l’heptathlon. Trois autres titres européens U20 à Boras reviennent à Simon Wieland (STB) au javelot, Simon Ehammer (TV Teufen) au décathlon et Delia Sclabas au 1500 m.
Les championnats du monde à Doha qui se déroulent au début du mois d’octobre, voient Jason Joseph égaler son record suisse du 110 m haies en 13″39. En finale du 400 m haies, Lea Sprunger réussi un superbe record suisse en 54″06; hélas elle manque le podium pour 32 centièmes. Après avoir couru en 22″26 sur 200 m aux championnats suisses à Bâle, Mujinga Kambundji réussit à décrocher à Doha la médaille de bronze en 22″51. En guise de couronnement, la Bernoise reçoit en fin d’année le mérite sportif suisse. Quant au relais 4 x 100 m féminin, il brille en finale avec une quatrième place en 42″18 ! Hors stade, Maude Mathys devient à nouveau championne d’Europe à Zermatt, Christian Mathys termine troisième des championnats du monde de Trail Running à Mirando et Julien Wanders boucle une saison dantesque avec une médaille de bronze aux championnats d’Europe de cross à Lisbonne.
Highlights 2020
Comme l’an dernier, Julien Wanders place d’entrée un nouveau feu d’artifice en courant en 27’13 sur 10 km à Valence, nouveau record d’Europe ! Les compétitions en salle permettent à Pascal Mancini de battre le record suisse du 50 m en 5″79 à Aigle et à Salome Lang de franchir 1,94 m en hauteur à Saint-Gall. Les choses se compliquent dès le 25 février avec l’apparition en Suisse d’un virus appelé COVID-19. Très rapidement la situation devient extrêmement préoccupante, au point que les autorités doivent décréter un confinement partiel dès le 13 mars. L’athlétisme reprend timidement en Suisse à la mi-juin. Aucun des grands championnats internationaux ne sont organisés et seuls les tous meilleurs athlètes mondiaux peuvent prendre part à des meetings, au format parfois inédits (Impossible Games à Oslo, Weltklasse Zürich Inspiration Games).
Parmi les performances de haut niveau, il faut mettre en exergue les 10″11 de Silvan Wicki (BTV Aarau) sur 100 m à Bulle, les deux records suisses de Jason Joseph sur 110 m haies en 13″34 à Berne, puis en 13″29 à Bâle, les 2,30 m de Loïc Gasch (US Yverdon) en hauteur à Aarau et les 8’231 pts de Simon Ehammer au décathlon à Langenthal. Chez les femmes, Ajla Del Ponte est en gros progrès sur 100 m et ses 11″08 réussis à Bulle sont vraiment prometteurs. Selina Büchel et Lore Hoffmann (ATHLE.ch) sont très fortes sur 800 m à Bellinzone avec 1’58″37 et 1’58″50. Quant à Fabienne Schlumpf, elle dynamite le record suisse du semi-marathon lors des championnats du monde à Gdynia en 1:08’36.
Highlights 2021
Alors qu’on pensait en avoir terminé avec les mesures sanitaires et les restrictions liées à la pandémie de COVID-19, la Suisse rentre le 18 janvier dans un nouveau confinement partiel. Ainsi seuls les athlètes faisant partie d’un cadre national ont le droit de participer à des compétitions indoor. Quelques records suisses en salle d’excellente valeur tombent avec les 6″59 de Silvan Wicki sur 60 m, les 20″97 de William Jeff Reais (LC Zürich) sur 200 m ou les 6’092 pts de Simon Ehammer à l’heptathlon.
Aux championnats d’Europe en salle à Torun, Ajla Del Ponte sur 60 m en 7″03 et Angelica Moser à la perche avec 4,75 m décrochent avec panache le titre européen ! Sur la route, Fabienne Schlumpf démontre sa bonne forme avec deux records suisses, d’abord à Dresden au semi-marathon en 1:08’27 et deux semaines plus tard à Belp au marathon en 2:26’14. Les compétitions peuvent reprendre en Suisse dès le printemps, mais toujours à deux vitesses et en faveur des athlètes des cadres nationaux.
Cette saison 2021 sera pourtant en tous points fabuleuse ! Loïc Gasch réalise d’entrée une prestation éclatante à Lausanne avec un record suisse du saut en hauteur à 2,33 m. Salome Lang en fait de même à deux reprises avec 1,96 m à Cluj-Napoca et 1,97 m une semaine plus tard à Langenthal. Dominik Alberto (LC Zürich) égale à Landau le record suisse du saut à la perche avec 5,71 m.
Au niveau international, les jeunes athlètes suisses sont à nouveau fort inspirés. Aux championnats d’Europe U23 à Tallinn, trois titres reviennent à William Jeff Reais au 200 m, à Ricky Petrucciani (LC Zürich) sur 400 m et à Simon Ehammer en longueur. Une semaine plus tard dans ce même stade de Tallinn, les championnats d’Europe U20 permettent à Audrey Werro (CA Belfaux) sur 800 m et à Ditaji Kambundji (STB) sur 100 m haies de décrocher un titre européen plus que prometteur. Enfin aux championnats du monde U20 à Nairobi, Valentina Rosamilia (BTV Aarau) sur 800 m et Marithé Engondo (Lausanne-Sports) en hauteur s’adjugent une magnifique médaille d’argent, alors que Jephté Vogel (FSG Alle) au poids et Melissa Gutschmidt (Lausanne-Sports) sur 100 m sont très bons en obtenant le bronze.
Aux Jeux Olympiques de Tokyo, disputés à huis clos, Ajla Del Ponte (10″91) et Mujinga Kambundji (10″95) font pratiquement jeu égal avec les meilleures sprinteuses mondiales lors des séries et des demi-finales. Quelle image fabuleuse de voir ces deux Suissesses au départ de la finale du 100 m des Jeux Olympiques ! Ajla termine cinquième en 10″97 et Mujinga sixième en 10″99. Cette dernière se classe également septième du 200 m en 22″30. Quant au relais 4 x 100 m, il tient toutes ses promesses avec 42″05 en séries pour Riccarda Dietsche (KTV Altstätten), Ajla Del Ponte, Mujinga Kambundji et Salomé Kora. Hélas un dernier passage un peu manqué en finale a annihilé tous les espoirs de médaille de l’équipe helvétique, qui termine quatrième en 42″08. Le relais 4 x 400 m est également bon puisque Lea Sprunger, Silke Lemmens (LC Zürich), Rachel Pellaud (FSG Bassecourt) et Yasmin Giger pulvérisent le record suisse en 3’25″90.
Après les Jeux, deux records suisses tombent à La Chaux-de-Fonds : les fantastiques 13″12 de Jason Joseph sur 110 m haies et les bluffants 10″90 d’Ajla Del Ponte sur 100 m, réussis avec un temps de réaction catastrophique… Enfin on a assisté à la tournée d’adieu de Lea Sprunger – l’une des toutes grandes Dames de l’athlétisme suisse – avec 54″51 sur 400 m haies à Berne et 54″53 pour sa dernière course à Bellinzone.